Opéra
Le retour attendu et mitigé de La Vestale de Spontini à Paris

Le retour attendu et mitigé de La Vestale de Spontini à Paris

21 octobre 2013 | PAR La Rédaction

 

Au théâtre des Champs-Elysées, un plateau vocal honorable et investi fait revivre la Vestale de Spontini enflammée sous la conduite de Jérémie Rhorer malgré une mise en scène maladroite d’Eric Lacascade.

Sa création à l’Opéra de Paris, le 15 décembre 1807, fut accueillie triomphalement et son succès ne s’est pas démenti un quart de siècle durant où furent données plus de deux cents représentations de l’oeuvre. Injustice du temps, La Vestale adorée par le public d’hier et par Napoléon lui-même qui voyait en elle une incarnation de l’Empire a fini par tomber dans l’oubli.  De célèbres cantatrices ont embrasé le rôle-titre, Maria Callas à la Scala de Milan, Rosa Ponselle, Régine Crespin, Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais l’opéra de Spontini a déserté les scènes de la capitale française depuis 160 ans. D’où l’importance d’en proposer une nouvelle production.

A ceux qui se demandent si le spectacle présenté au théâtre des Champs-Elysées est à la hauteur de l’évènement, la réponse est certainement non. Rendons justice à son metteur en scène Eric Lacascade (qui signe son premier opéra) d’avoir eu l’intention juste de ne pas en proposer une lecture historique et d’évacuer forum romain, temple sacré en carton-pâte et tout le fatras de décorum antique au profit d’une intemporalité sobre. Mais son dépouillement semble parfois tourner au vide, et ce dès la première scène où le général Licinius, victorieux et pourtant désespéré, avoue à son ami Cinna son amour interdit pour Julia, prêtresse de Vesta qui doit rester chaste, adossé sur le mur du cadre de scène, occupant un minuscule bout de scène à l’extrême côté du grand plateau nu. A l’inverse, on regrettera plus tard des déplacements inutiles, des mouvements chorégraphiques pires encore qui apparaissent comme du simple et ridicule remplissage. Si la mise en scène de Lacascade est dépourvue d’une vraie science de l’espace, le manque d’images fortes et d’épaisseur dans le traitement des personnages et des situations lui fait encore plus défaut. La simplicité prime. Les vestales sont présentées comme une communauté recluse que l’on dirait presque sectaire, habillées à l’identique de chemises de nuit blanches, les épaules recouvertes de lourdes couvertures grises et identifiables par leur chevelure rousse et les pieds nus. Même chose pour les guerriers, tous en noirs, muscles saillants, dessinés de manière  appuyée.

Investis dans le jeu, Ermonela Jaho  et Andrew Richards possèdent de belles présences en scène et de réelles qualités d’expression dramatique. Le chant suffisamment puissant et nuancé reste finement musical et l’interprétation émouvante font un couple central assez convaincant. A leur côté, Béatrice Uria-Monzon fait autorité dans sa belle et noble Grande Vestale.

La pièce que beaucoup (re)découvre est une belle partition, majestueuse et dramatique, portée par la direction énergique, fougueuse du chef Jérémie Rhorer à la tête de son ensemble le Cercle de l’Harmonie. L’ intensité constamment progressive s’écroule bêtement à la fin. En cause, le livret lui-même qui préfère à l’acmé d’une injuste mort tragique de l’héroïne, un ridicule happy end de convention qui voit l’impie vestale pardonnée par les dieux cléments et exonérée de la mort. Dans pareil cas impossible à prendre au sérieux, le metteur en scène choisit inévitablement le second degré et la dérision en orchestrant une course-poursuite des amants qui cherchent à s’isoler de la foule pour fêter intimement leurs retrouvailles, l’émotion est coupée net mais c’est drôle et bien trouvé.

Photo © Vincent Pontet

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