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Baskets Rouges : la rage de vivre d’une jeunesse

Baskets Rouges : la rage de vivre d’une jeunesse

19 mai 2021 | PAR Rudy Degardin

Au Théâtre 14, la compagnie Comme Si remet le conte d’Andersen Les Souliers rouges au goût du jour. Mais cette fois-ci, l’héroïne ne danse non pas jusqu’à en mourir. Dans un univers dystopique ressemblant étrangement au nôtre, elle se bat contre le conformisme avec pour seules armes : ses baskets et son imagination.

« Tu n’y arriveras pas ». Voilà comment débute le conte Baskets rouges créé par la compagnie Comme Si et mis-en-scène par Aurore Déon. Dans cet univers dystopique, où le futur ressemble à notre présent, « Il était une fois » est un mot du passé.

Dans cette pièce, l’héroïne n’est pas une princesse. C’est une « étrangère » qui arrive sur scène pieds nus, en provenance d’un monde dévasté. La figure de l’anti-héroïne par excellence.

Dans un royaume où il n’est pas permis de rêver, sa seule option est de se conformer. Dès lors, « Mme la Bienfaitrice » la prend sous son aile et lui promet qu’elle sera polie tel un diamant. Mais pour cela, il lui faut commencer par mettre des chaussures. Cet accessoire, anodin dans notre société, devient ici le symbole de l’oppression. Une petite paire de ballerines beiges, beaucoup trop serrées pour elle. En forçant un peu, l’héroïne en prendra le pli.

Les habitants de ce royaume sont sous l’emprise du « ministère des Rêves intérieurs ». On les invite à ne pas sortir du droit chemin car « Tout a déjà été inventé ». Leurs voix sont robotiques. L’horizon obscurci par un épais rideau noir au milieu de la scène.

Dans cette atmosphère étouffante, la renaissance arrive grâce à une paire de baskets rouge vif. L’héroïne les prend, envoie balader ses ballerines et se met à danser de façon convulsive. Maintenant, elle appartient à la « dissi-danse ».

Si l’héroïne n’a pas de nom, elle porte celui de la jeunesse 

Difficile de ne pas voir dans ce conte, le portrait glaçant de notre société. Les enfants abandonnent leurs rêves pour entrer dans le monde des adultes. Les problématiques écologiques et sociales sont en toile de fond.

Pour lutter contre cette machine infernale, Aurore Déon a une solution : donner la parole aux jeunes.

Dans cette pièce, il y a une « matrice » où se raccroche les créations d’adolescents devenus co-auteurs. Ils y partagent leurs espoirs mais surtout leur rage de vivre. C’est une mise-en-abîme de leur propre vie. Grâce à leur imagination, ils essaient de faire un pied-de-nez aux déterminismes sociaux afin de devenir de « petites cellules avec de grandes ambitions ». 

Baskets Rouges, créé par la compagnie Comme Si se demande ce que signifie avoir des rêves aujourd’hui. En appelant à la subversion, la pièce montre que rêver peut devenir une arme au combien politique.

Baskets Rouges de la compagnie Comme Si, écriture et mise-en-scène : Aurore Déon, distribution : Thomas Appolaire, Clément Belhache, Émilie Berry, Caroline Maydat et Elisa Montei. Une production de la compagnie Comme Si, coproduit avec le Théâtre 14 et le Service Culturel de la Mairie de Lardy.

Visuel : © Thomas Appolaire

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Rudy Degardin

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