Spectacles
Le Théâtre des Doms – Out Festival : Toi que j’aime 

Le Théâtre des Doms – Out Festival : Toi que j’aime 

13 juillet 2020 | PAR Sylvia Botella

Tout le monde l’a dit, ou presque, les festivals, les spectacles, les concerts n’auront pas lieu. C’est pour cette raison que nous n’aurions raté pour rien au monde le Out Festival imaginé par Alain Cofino Gomez le directeur du Théâtre des Doms – Pôle Sud de la création en Belgique francophone à Avignon. Une échappée douce au cœur de l’été et du mistral sur un mode purement vivant comme arraché au temps terrible de la Covid-19. Où on y entendait presque rien d’autre que le bruit de nos respirations face aux puissances expressives de la création et à la grâce des artistes. Récit dialogué.

#bonjourtristesses

L’émotion qui nous a étreint.e.s à l’annulation de la programmation estivale du Théâtre des Doms – le Pôle Sud de la création en Belgique francophone , une émotion vertigineuse, n’était pas la crainte égoïste de ne pas aller à Avignon ni celle de voir disparaître la possibilité de prendre le pouls de création belge sur la scène internationale. Non ! L’émotion qui nous a étreint.e.s était immense parce que l’annulation du Théâtre des Doms entrait dans une collusion hallucinante d’autres annulations de festivals, de spectacles et de concerts, de fermetures de maisons de création et diffusion, de salles de concerts, de clubbings et d’appels au secours des travailleur.se.s des arts, de la culture et de événementiel, de jour comme de nuit, sur la planète. #bonjourtristesses

Open air

Mais à rebours des préconçus, l’émotion ne pétrifie pas les esprits, il ne faut pas s’en méfier. Il faut lui faire confiance. Elle est le lieu de la mise en branle des idées : les pensées s’y rassemblent et les interrogatives font sens ! Et s’il y a bien une chose que nous avons appris de la création vivante, c’est qu’elle saute toujours elle-même de son rang ! Et c’est précisément ce qui s’est passé au Théâtre des Doms, du 2 au 5 juillet 2020 : le directeur Alain Cofino Gomez et sa team ont imaginé le Out Festival. 3 soirées et 1 matinée * open air pour découvrir dans le respect des mesures strictes de distanciation physique et sanitaires la performance cirque/harpe celtique Entre-Cordes de Alexis Rouvre et Deborah Colucci – Cie Grosso Modo -, la lecture de Valérie Bauchau et Thierry Hellin du texte inédit et confiné Que ce soit de toi que je me souvienne de Caroline Lamarche et le concert harpe classique/jazz de Duo Hybride, Mathilde Giraud & Fiona Ait Bounou. (Ndlr : Duo Hybride est un duo Avignonnais, à découvrir et écouter  : Opus Primum, Duo Hybride, 2017)

 

Résistance douce

Sur le podium dans la cour du Théâtre des Doms crépitaient des corps, des voix, de la musique qu’on avait presque perdus l’habitude de voir en vie(s) : « Quelque chose d’organique et de dépouillé pour la ville d’Avignon et les Avignonnais ! Pour se donner à nouveau la possibilité de faire ‘publics’, insiste Alain Cofino Gomez. Est-ce qu’on se trompe en disant qu’il y avait là un soupçon de résistance douce ?  « Nous sommes debout. Nous pouvons créer y compris lorsque nos corps sont empêchés. » Porté.e.s par la force aérienne du lancé des balles dans les notes de musique de Entre-Cordes, la splendeur de la lecture de Que ce soit de toi que je me souvienne ou les liaisons heureuses de Duo Hybride, nous n’avons jamais été aussi sensibles à l’insoutenable vulnérabilité de l’être, de l’art comme «oeuvrement» au sens de Jean-Luc Nancy et au temps que durant cette échappée out et douce. « Le virus s’est propagé dans tous les sens, révélant nos fragilités les plus intenables. Il faut ré(apprendre) à distendre le temps et laisser advenir l’impromptu, l’inattendu. Ça manque. Les artistes doivent avoir la possibilité de se donner du temps pour créer. Et les théâtres doivent cesser d’être des lieux/machines à produire ». 

(Dé)porté.e.s par ces visions, nous avons senti, soulagé.e.s que le temps du Vivant n’était pas révolu même si notre désir d’étreinte et de corps embrassés était irrésolu. Que là précisément résonnait fort l’envie, éprouvée comme rarement de faire commun(s) et de murmurer doucement  dans le mistral: « Que ce soit de toi que je me souvienne, toi que je comprenne, toi que j’aime ».

 

Visuel : Copyright : J. Van Belle – WBI

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Sylvia Botella

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