Performance
Elle(s) de Sylvie Landuyt : une performance profondément féministe

Elle(s) de Sylvie Landuyt : une performance profondément féministe

18 juillet 2015 | PAR Audrey Chaix

Difficile de résumer l’argument de cette performance rock’n’roll. On pourrait dire que c’est l’histoire d’une fille (Jessica Fanhan) et de sa mère (Sylvie Landuyt). Sauf que c’est bien plus compliqué que cela. C’est aussi un manifeste féministe, un appel à faire tomber les stéréotypes et les clichés qui définissent hommes et femmes, un réinterprétation des mythes autour de la féminité, d’Isis et Osiris à Dom Juan. Car Elle(s) est la deuxième partie d’un diptyque qui fonctionne avec une première pièce intitulée Dom Juan Addiction. Elle(s), ce serait l’une des conquêtes de Dom Juan qui se serait échappée pour raconter son histoire. Quoi que soit cet OVNI, une chose est sûre : c’est une performance mémorable. 

[rating=4]

La scène est sombre. Une grande table où des escarpins sont servis dans des assiettes, une baignoire dans un coin, et un guitariste dans l’autre. Sylvie Landuyt, en robe de mariée, Jessica Fanhan, en uniforme d’écolière. Musique et vidéo les accompagnent dans leur explosion de colère et de rage contre le carcan qui enserre les femmes, dans une société où si l’on n’est pas mère, c’est que l’on doit forcément être putain.

Jessica Fanhan est absolument épique dans son interprétation, à la fois drôle et rouge de colère, pleine d’une énergie qui irradie dans toute la salle. Une véritable découverte que cette jeune femme au sourire ravageur et au jeu extrêmement précis malgré la rapidité avec laquelle elle enchaîne les questionnements d’une petite fille qui ne sait pas très bien ce qu’elle devra devenir lorsqu’elle sera grande.

Si l’on est parfois un peu perdu dans le texte, les images conjurées par la mise en scène de Sylvie Landuyt ne laissent pas indifférentes. Elle qui n’a pas peur d’exposer les corps de ses comédiens, à commencer par elle-même, donne à voir des scènes très fortes visuellement, aussi bien par le jeu des couleurs que par l’usage de la vidéo, en fond de plateau, ou tout simplement l’entrée d’une mariée dans une baignoire d’eau, à la fois triste et résignée. La musique fait également partie intégrante du spectacle, qu’elle accompagne les élans furieux de la petite fille ou les envies de liberté de la mère qui se met à danser sur les tables pour se rappeler qu’elle est vivante.

Elle(s) est un spectacle qui décoiffe, un spectacle qui est une ode au féminin et à l’humain. À ne pas manquer !

Elle(s), écrit et mis en scène par Sylvie Landuyt. Avec Jessica Fanhan, Sylvie Landuyt, Ruggiero Catania. Scénographie : Vincent Bresmal. Lumières : Guy Simard. Création sonore : Ruggiero Catania. Coaching mouvement : Edith Depaule. Régie lumière : Patrick Pagnoulis. Régie son : Eric Ronsse. Direction technique : Raymond Delepierre. Durée : 1 h 10. Au Théâtre des Doms, à 11 h, jusqu’au 26 juillet (relâche le 22 juillet).

Retrouvez tous les spectacles du Festival dans notre dossier Avignon 2015. 

Photos : © Alice Piemme

Infos pratiques

Théâtre Au Bout Là-Bas
Théâtre de La Luna
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *