Théâtre

Avignon OFF 2019 : « On est sauvage comme on peut » au théâtre des Doms

Avignon OFF 2019 : « On est sauvage comme on peut » au théâtre des Doms

09 juillet 2019 | PAR Anne Verdaguer

Le collectif belge Greta Koetz explore avec malice et férocité la violence que sous-tendent les rapports humains. Désir de dominer, de pouvoir, solitude et désespoir sont au menu de ce dîner entre amis où tout va déraper. Jouissif ! 

On le connait tous. Ce sentiment soudain d’être seul au milieu d’autres gens, même s’il s’agit de vos plus proches amis. Une solitude qui vous tombe dessus, si forte que l’on aurait envie de crier alors qu’il faut garder un visage impassible et convenu. C’est sans doute ce qui arrive à Thomas, qui a invité ce soir-là à dîner pour son anniversaire, Antoine, un collègue de travail et sa femme Marie. Avec sa compagne Léa, Thomas va tenter de sauver les apparences. Mais cela ne va pas durer.

Car Thomas va mal. Il ne travaille plus et ses collègues se sont cotisés pour lui offrir un ventilateur pour qu’il «change d’air »! On rit mais le malaise s’installe. La conversation débute avec une histoire de documentaire sur des pingouins ou plutôt des manchots, précise Léa, ce qui a le don d’agacer Thomas, qui se crispe et se renferme. Et d’un simple détail, un verre trop rempli, tout dérape. L’histoire va quitter le réel. Thomas annonce qu’il va mourir et fait une demande à Léa qui fait exploser toutes les conventions sociales, tous les enjeux de pouvoir et les non-dits.

Avec On est sauvage comme on peut, le jeune collectif belge Greta Goetz ausculte jusqu’à l’épuisement les types de relations qui se nouent dans une situation somme toute très banale, qui est celle d’un repas entre amis. Une situation qui va être retournée comme une chaussette et jusqu’à la lie, et où tous les excès sont permis. Crises de nerfs, folie, vomissement, sang, rien ne nous sera épargné. Les scènes s’enchaînent à un rythme effréné dans cette tragi-comédie grinçante où l’on rit beaucoup (mais est-ce un rire jaune?) et où les personnages perdent tous pied un à un. Le spectateur, pris à parti et désarçonné, est malgré lui témoin de ce petit jeu entre amis sinistre et macabre où chacun va dévoiler son vrai visage, mais faut-il prendre tout cela au sérieux? 

Toujours sur le fil, entre la banalité du réel et la folie qui perce dans chaque situation, les 4 acteurs issus de l’ESACT– Conservatoire de Liège Marie Bourin, Antoine Cogniaux, Thomas Dubot, Léa Romagny (remarquée l’année dernière dans le OFF au même Théâtre des Doms dans l’excellent J’abandonne une partie de moi que j’adapte) et le musicien Sami Dubot, triturent les convenances et les bienséances avec délectation. Adeptes du travail au plateau, ce collectif dont c’est la première création a travaillé au fil des improvisations sur sa thématique de prédilection : l’émancipation. Ou comment sortir de cette résignation face à une société qui nous broie et nous cantonne à un rôle. Comment libérer la parole qui se cadenasse, comment réagir face à celui qui perd pied, face à la folie, face à la vie qui se dérobe? Une farce qui tend vers l’humour noir et la provoc, un délice pour les comédiens et les spectateurs qui s’interrogent bien après la fin, sur leur rapport à la réalité et la frontière ténue qui les sépare de la folie.  

On est sauvage comme on peut, tragi-comédie du collectif Greta Koetz, présenté dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, au Théâtre des Doms, du 5 au 27 juillet 2019, à 19 h 40. Relâche les 10,16 et 23 juillet 2019. Durée : 1 h 20.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Greta Koetz sur son site Internet (ici) et sur sa page Facebook (ici).

Visuels : ©Dominique Houcmant

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