Théâtre
[Avignon Off] « Loin de Linden » : une histoire familiale tendre et drôle au Théâtre des Doms

[Avignon Off] « Loin de Linden » : une histoire familiale tendre et drôle au Théâtre des Doms

18 juillet 2015 | PAR Audrey Chaix

Lorsque les deux grands-mères de Giuseppe se sont rencontrées pour la première fois, ça ne s’est pas très bien passé. À tel point qu’elles ne se sont plus jamais revues. Alors, pour la première fois, Giuseppe les oblige à se voir, à se parler, à rester plusieurs heures dans la même pièce, pour tenter de comprendre ce qui a tenu ces deux femmes éloignées pendant si longtemps, alors qu’elles partagent un petit-fils. C’est qu’elles sont résolument différentes, ces deux femmes : il y a Eugénie la Flamande, une femme un peu rustre, élevée à Linden, à la campagne. Vêtue d’une blouse de vieille femme, le cœur gros comme ça, elle ne fait pas de chichis et ne compte pas s’y mettre de sitôt. Marie-Claire, de son côté, fille d’un officier, élevée à la ville, gilet bleu ciel et talons hauts, a vécu de nombreuses années en Égypte, et il est bien vrai que sa vie est à mille lieues de celle d’Eugénie …

[rating=5]

LOIN_DE_LINDEN_1__c__Gilles-Ivan_FrankignoulLoin de Linden, c’est d’abord un texte, magnifique, écrit par Veronika Mabardi d’après les enregistrements qu’elle a faits en discutant avec ses deux grands-mères, Eugénie et Marie-Claire – Clairette. Car la rencontre qui est le sujet de la pièce n’a jamais eu lieu : c’est la petite-fille, s’interrogeant sur ce qui a pu tenir ses deux grands-mères aussi éloignées l’une de l’autre, qui a imaginé cette confrontation, qui leur a donné à chacune la parole en les réunissant dans la même pièce afin que les choses soient enfin dites. Et au-delà de l’histoire personnelle, Loin de Linden est aussi l’histoire de la Belgique, un pays divisé par deux langues, deux communautés qui se font face sans vraiment se parler, reflet des inégalités sociales et d’une incompréhension générale qui perdure depuis des siècles.

Cette confrontation est ici incarnée par deux actrices magistrales, qui donnent chair et voix à Eugénie et à Clairette avec finesse et intelligence. Véronique Dumont est une formidable Eugénie, touchante et drôle avec son accent flamand, ses mimiques amusées ou lassées, sa capacité à passer du coq à l’âne sans prévenir, à s’entêter dans ses histoires sans se préoccuper des interruptions de Clairette. Et de son côté, Valérie Bauchau incarne une Marie-Claire snob et consciente de l’être, blessée par la déchéance de sa famille après la crise boursière de 1929, un peu raciste et très cosmopolite. La direction d’acteurs est parfaite : il suffit d’un regard, d’un sourire ou d’un geste pour que l’on prenne conscience du fossé qui les sépare.

Loin de Linden est ainsi un magnifique morceau de théâtre, porté par deux comédiennes qui donnent chair à deux personnages finement écrits, fascinants. Une très belle découverte pour le public avignonnais du Théâtre des Doms qui, comme chaque année, ouvre ses portes à la scène contemporaine belge.

Loin de Linden, de Veronika Mabardi. Mis en scène par Giuseppe Lonobile. Avec Valérie Bauchau et Véronique Dumont. Création lumière et régie : Fabien Laisnez. Durée : 1 h 25. À 20 h au Théâtre des Doms. Jusqu’au 26 juillet (relâche le 22 juillet).

Retrouvez tous les spectacles du Festival dans notre dossier Avignon 2015

Photos : © Gilles-Ivan Frankignoul / Alice Piemme

Infos pratiques

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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