Théâtre
La Cerisaie, Tiago Rodrigues face au mur au Festival d’Avignon

La Cerisaie, Tiago Rodrigues face au mur au Festival d’Avignon

10 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le futur directeur du Festival d’Avignon signe sa première mise en scène dans la périlleuse Cour d’honneur. Une pièce d’une élégance à couper le souffle, mais où rien ne se passe.

Une déclaration d’amour à Avignon

Depuis Papperlapapp, nous n’avions pas vu un spectacle ayant pour sujet la Cour d’honneur et particulièrement son mur. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que La Cerisaie, dont le texte est non suivi à la lettre, est là pour dialoguer, ou du moins tenter de dialoguer avec 75-1 festivals d’Avignon. Tout commence de façon brillante.

Sur scène les anciens fauteuils de la cour fraîchement rénovée sont disposés, avec les fauteuils rouges en V, ceux où au milieu du milieu étaient assis les élus de la République et quelques VIP. Et les chaises prennent tout l’espace, les 800 mètres carrés de plateau. Il y a aussi, sur des blocs pouvant glisser, des lustres à pampilles de différentes époques, l’idée est géniale. Et quand Lopakhin (Adama Diop), le fils d’esclave, celui qui vient annoncer la perte de la maison entre en scène, il le fait sur les trompettes de Jarre, qui ouvrent tous les spectacles du Festival d’Avignon.

Tout commence merveilleusement bien donc. Le casting est fou : Adama Diop, Isabelle Huppert, Isabel Abreu, Tom Adjibi, Nadim Ahmed, Suzanne Aubert, Marcel Bozonnet, Océane Cairaty, Alex Descas, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alison Valence. Ils sont accompagnés de deux musiciens, voix, percussions et clavier : Manuela Azevedo et Hélder Gonçalves. Les costumes de José António Tenente semblent sortir d’un défilé de Dries Van Noten. Les couleurs sont flamboyantes, les soies légères. C’est sublime.

La cour, premier rôle

Ce que Tiago Rodrigues fait de mieux dans cette Cerisaie, c’est montrer le mur et « la cour », mainte fois citée dans la pièce d’Anton Tchekhov. Il montre la fenêtre des indulgences en plein spot, et plus tard, allume toutes les fenêtres dont les vitraux jaunes ont l’air d’être en or la nuit. C’est beau à n’en plus pouvoir. Mais voilà, à trop se concentrer sur le lieu, le texte et le jeu en pâtissent. Tous sont éblouissants pourtant : David Geselson en premier lieu, incroyable tuteur nomade, tourné vers demain. Isabelle Huppert flamboie en maîtresse de maison abandonnée, Marcel Bozonnet en serviteur du monde d’avant… Ils sont tous, absolument tous, admirables. Malheureusement il se passe ce qui se passe dans certains films, le jeu individuel ne fait pas tout. Cette Cerisaie manque, et c’est un mystère, de collectif. Peut-être parce que Tiago, qui est un auteur hors norme, qui nous a brûlé avec Antoine et Cléopatre, fait pleurer avec By Heart et Sopro, n’est vraiment lui-même que quand il met ses textes en scène. 

Montrer des classiques n’est pas le problème, il faut le faire. C’est même l’une des missions d’Avignon. Mais La Cerisaie est au théâtre ce que Le Sacre est la danse. Un passage obligé, et par définition casse-gueule.

Il n’y a rien à reprocher à cette Cerisaie, c’est cela qui est étrange. Tout est réuni pour transcender le texte mais l’alchimie n’a pas lieu. 

Ah, tiens, vous avez remarqué, on ne vous a pas vraiment parlé de l’histoire. À la fin, la Cerisaie est vendue.

Jusqu’au 17 juillet. Cour d’honneur. 22 heures. Durée 2h30

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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