Spectacles
Tiago Rodrigues nous ouvre son « Choeur des amants »

Tiago Rodrigues nous ouvre son « Choeur des amants »

11 octobre 2022 | PAR Thomas Cepitelli

Le nouveau directeur du Festival d’Avignon reprend son tout premier spectacle créé en 1997 à Lisbonne. Une plongée intime dans la vie d’un couple et la création. Une forme aussi concise qu’émouvante, aussi anodine qu’essentielle. 

Une jeune femme s’étouffe un soir dans son lit au côté de son compagnon. Départ en trombe à l’hôpital, attente, espoir, angoisse… Elle frôle la mort, lui, la perte définitive de celle qu’il aime. De ce bouleversement et ce sursis naissent l’opportunité de penser différemment les liens qui les unissent. Mais aussi et surtout, une reconfiguration existentielle du rapport au temps. « On a le temps » se répètent régulièrement les deux amants jusqu’à la toute fin de la pièce. Partant de cette phrase si simple, banale, Tiago Rodrigues déploie, avec l’inventivité, l’humour et la tendresse qu’on lui connaît, une forme brève où l’intimité le dispute au commun et le banal à l’exceptionnel. 

Un espace (pas si) vide

C’est une scène presque vide qui attend les spectateurs du théâtre des Bouffes du Nord : une table, deux chaises, une bouilloire et deux tasses pour tout décor. Pourtant dès l’entrée en scène de David Gesleson (qui joue en alternance avec Grégoire Monsaingeon) et Alma Palacios, la scène s’emplit. On entre de plein fouet dans le récit de leur vie amoureuse. En quelques quarante-cinq minutes c’est leur histoire d’amour qu’ils nous livrent, dont nous devenons témoins. Son désordre à lui, ses peurs à elle, leur endormissement commun devant Scarface. Tout semble à la fois leur appartenir et résonner en nous. 

Le début du texte est dit en « choeur » par les deux interprètes à l’unisson. Seul les pronoms personnels varient entre le « je/elle », entre le « tu/je ». Par ce tout petit changement dans le texte, c’est tout un pan de fiction qui s’ouvre à nous. A la manière des cubistes, Tiago Rodrigues nous fait entrevoir d’un regard, d’un son, plusieurs points de vue simultanément. C’est une des grandes forces du texte. Chaque histoire d’amour en contient des centaines, chaque récit n’est qu’une parcelle de vérité, un regard porté qui ne vaut que pour soi. 

Du théâtre avant toute chose. 

Au-delà d’une histoire d’amour (qui ne finit pas si mal) c’est à voir et entendre une histoire de théâtre, une histoire du théâtre que nous invite ce Choeur des amants. Comment et pourquoi utiliser encore, près de vingt-six siècles après sa création cet art-là ? Quel partage est encore possible dans un temps contraint, un lieu donné entre des gens qui parlent à d’autres qui écoutent (le plus souvent) en silence?

Dans le théâtre comme figé dans le temps qu’est cette institution des Bouffes du Nord, le spectacle résonne encore plus fort. Ce couple (dans la fiction ? dans le réel ?) s’emploie à trouver des moyens de jouer, de dire, de défendre cet art du temps, de la parole et du souffle. Le texte est une véritable partition musicale où même la bouilloire siffle à l’unisson de ces deux exceptionnels choristes. Il est nourri de références théâtrales, musicales et poétiques. L’on pense beaucoup au bouleversant By heart où Tiago Rodrigues faisait apprendre pendant le spectacle un sonnet de Shakespeare à des spectateurs. On repart avec un peu de poésie en soi, un peu de geste théâtral et on se surprend à espérer que l’on aura encore beaucoup de temps pour s’asseoir dans une salle de théâtre et assister à un tel moment de grâce. 

Du 8 au 29 octobre 2022 Du mercredi au samedi 18h Matinées les samedis à 15h

Crédit photo : © Filipe Ferreira

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