Théâtre
« Farm Fatale » de Philippe Quesne : la ferme des écolos

« Farm Fatale » de Philippe Quesne : la ferme des écolos

20 juin 2021 | PAR Simon Théodore

Présenté en association avec le Maillon et le TJP Centre Dramatique National de Strasbourg dans le cadre des Narrations du Futur, Philippe Quesne met en scène des épouvantails militants, témoins de la crise écologique et victimes de la menace agro-industrielle. Déjà vue en 2019 au théâtre des Amandiers, Farm Fatale emprunte à différents arts pour parler de sujets graves et très contemporains.

Quelques sacs en tissu et un oiseau inanimé sont suspendus en l’air. Des blocs de paille et un panneau de signalisation jonchent le sol. Le décor est ainsi planté lorsque le public s’installe dans la salle. Dans ce conte post-apocalyptique d’une heure et demie, cinq épouvantails, aux allures clownesques et usés par leurs vécus, enregistrent les sons du vivant de l’ancien temps. Le chant des oiseaux, l’écoulement des rivières, toutes ces sonorités rythmaient leurs vies d’autrefois à la ferme. Après une fin du monde, plus rien, si ce n’est l’objectif de garder une trace du passé et un triste constat… « Qu’est-ce qui est le plus pesant entre le chant des oiseaux et le silence ? » rappelle l’un d’eux en début de représentation.

Entre poésie, humour et militantisme, la première moitié de Farm Fatale est réussie et rythmée. Une émotion se fait ressentir lorsque l’on apprend le triste destin de leurs propriétaires fermiers. Malgré des types d’exploitations différentes, chacun d’eux n’a pu résister à la grande industrie agricole, ses effets néfastes et ses produits chimiques. L’enjeu du projet est alors clair : critiquer la menace agro-industrielle. En mélangeant théâtre, arts plastiques (les costumes sont remarquables) et musique live, la mise en scène est parfaite pour parler à tout public. Quelques situations surréalistes et comiques surviennent tout au long du spectacle. On pensera notamment à cette interview de l’abeille – abeille se dit « bee » en anglais – pendant que la mélodie de « Let it Be » des Beatles est interprétée.

La dimension mondiale de la problématique écologique et économique est renforcée par l’usage de trois langues (anglais, allemand et français). Sous-titré pendant la représentation, le message se perd cependant quelque peu dans le dernier tiers du spectacle lorsqu’un événement inattendu survient et que le contenu des sacs suspendus se révèle. La nature des dialogues et les effets de lumières confèrent à l’atmosphère une dimension plus grave et pesante mais aussi plus lassante. Heureusement, ce contrepoint est, une nouvelle fois, contrebalancé par l’ingéniosité de la mise en scène, l’apparition de nouveaux éléments de décor et une bande son soutenue.

En somme, ce projet de Philippe Quesne s’avère pertinent et la problématique forte et très contemporaine. Grâce à son univers original au croisement des arts, l’instant est agréable mais la performance aurait pu être moins longue.

La pièce est à (re)découvrir dimanche 20 juin à 18h30 au Maillon dans le cadre du temps fort Les Narrations du Futur.

Visuels : © Martin Argyroglo

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Simon Théodore

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