Théâtre
Farm fatale aux Amandiers : la farce écolo et tendre de Philippe Quesne

Farm fatale aux Amandiers : la farce écolo et tendre de Philippe Quesne

28 septembre 2019 | PAR Anne Verdaguer

Il y a indéniablement de la poésie chez Philippe Quesne et une forme de rébellion. Le nouveau spectacle du directeur du théâtre Nanterre Amandiers est dans la droite lignée de ses autres créations : fable clownesque absurde et écolo, elle interroge sur notre rapport au monde et à ceux qui le peuplent : espèces humaines, animales et… épouvantails.

 

Mais que font ces hurluberlus dans cet ersatz de champ aseptisé? Ces Quasimodos en salopette à la gueule cassée?  

Ils attendent… affublés d’antennes et de récepteurs… mais quoi? La pluie? La fin du monde? 

En réalité, elle a déjà eu lieu. La nature a disparu. Et les hommes aussi. D’où ce décor vide. Rempli de bottes de foin de pacotille et d’un poulet transgénique qui n’en a même plus la forme. Et ces épouvantails au chômage, ne savent même plus pourquoi ils sont là. Ils dépriment. Ils ont donc créé une radio, qui diffuse des bruits de nature, sorte de radio nostalgie bucolique, témoin d’un temps où les oiseaux pouvaient encore piailler à leur contact et les abeilles susurrer à leurs oreilles (grand moment de la pièce!). Des êtres pathétiques et d’une tendresse désarmante qui cherchent le vent mais s’aperçoivent qu’il n’y en a plus non plus… c’est la clim ! 

Philippe Quesne qui a travaillé sur ce projet avec trois acteurs formidables de la troupe permanente du théâtre des Kammerspiele de Munich, Julia Riedler, Damian Rebgetz, Stefan Merki et deux de ses fidèles Léo Goblin et Gaëtan Vourc’h, les a affublés de masques en tissu assez effrayants et de voix synthétique. Des êtres cabossés, abîmés par des années d’épandage et devenus des rebuts de la société. Leur démarche mécanique leur donne encore plus des allures de robots dans ce monde déshumanisé. Des robots épouvantails donc aux élans zadistes, derniers vestiges d’un monde où le bonheur était à portée de paille. 

Dans Farm Fatale, la monstruosité côtoie l’absurde et la tendresse, et le message, s’il est distancié, résonne vraiment fort. Des anecdotes de fermiers morts de cancer, aux histoires de suicides ou d’enfants malformés, en passant par la nostalgie des oiseaux et des plantes, on ne peut s’empêcher d’y voir le miroir de ce qui nous attend et de ce qui est déjà là, ce monde absurde qui construit des supermarchés bio à la place des jardins publics. Et ces êtres qui s’inventent un monde supportable, l’utopie d’un rêve parfait, nous bouleversent et sont à l’image du théâtre de Philippe Quesne : on en ressort un peu soulagés, prêts à supporter un peu mieux notre nature humaine.

Photos : © Martin Argyroglo

 

Farm Fatale de Philippe Quesne, au théâtre des Amandiers du 19 au 25 Septembre et en tournée du 26 au 27 Novembre 2019 au Prager Theaterfestival Deutscher Sprache, République Tchèque et du 4 au 5 Janvier au Santiago a Mil, Chili

 

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