Spectacles
Gwenaël Morin, « Le Théâtre et son double » : la croix et la bannière ?

Gwenaël Morin, « Le Théâtre et son double » : la croix et la bannière ?

26 septembre 2020 | PAR Simon Gerard

Croire au théâtre est chose peu aisée ; être un fidèle radical de la théorie théâtrale d’Antonin Artaud l’est encore moins. C’est pourtant une religion artaldienne que Gwenaël Morin tente de prêcher dans Le Théâtre et son double, théâtralisation de l’essai homonyme radical de par ses propos, ésotérique de par ses formulations, cité, recité et récité depuis bientôt un siècle.

Profession de foi

Le spectacle religieux présenté ici reprend les mêmes tonalités que l’essai d’Artaud : complexe, violent, sexuel et scatologique, drôle et provocateur, cosmogonique et emphatique. Rapidement, le culte prend les atours d’une secte composée de gourous convaincus. Tour à tour sont invoqués et exagérés les motifs communs aux religions monothéistes : le culte aveugle du messie, le texte fondateur inspirant, la communion extrême et extatique, le lieu de prière imposant… La théâtralité de la religion est mise au service d’une certaine religion du théâtre.

À mesure que les rites religieux sont exploités sous la nef bâchée imaginée par Philippe Quesne, le pape de ces lieux, les doutes naissent : les comédiens en scène sont ils de véritables fidèles venus prêcher la bonne parole, ou bien en jouent-ils seulement le rôle ? Morin est il un convaincu d’Artaud au point de vouloir lui dédier une chapelle, ou grossit-il la sacralité d’un auteur dont le livre majeur est une stèle décidément trop lourde à porter ? Le but est-il, en outre, de nous convertir à la théorie artaldienne, ou plutôt de nous en faire comprendre l’impraticabilité ?

 

Croire, c’est douter

Une réponse se dessine, en creux de la scène, à demi-mots, et avec une délicatesse inversement proportionnelle à la grossièreté des chapelets égrenés sur le plateau. Au mitan de la pièce, Gwenael Morin intervient sur ses acteurs : « ce n’est pas possible, on ne peut pas faire du théâtre comme ça, pardon ». Ce constat d’échec, renouvelé plusieurs fois jusqu’à la fin, était nécessaire : la pièce s’appréhende désormais avec un recul qui la sauve d’un fanatisme idiot.

Plus tard, on présente au public une photographie d’archive, montrant la grande salle des Amandiers encore en construction. On sort du théâtre par la salle vide, inutilisée pour cette tentative évidemment impossible de représentation artaldienne. Artaud prônait une fusion de la scène et de la salle, un éclatement de la frontalité. Devant les rangées de siège vide, on se souvient des pièces vues et appréciées les années passées… Le théâtre a survécu à Artaud – et c’est tant mieux, non ?

visuels : Martin Agyroglo

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