Performance
« Auréliens » de François Gremaud : à la recherche d’une fin heureuse

« Auréliens » de François Gremaud : à la recherche d’une fin heureuse

20 juin 2021 | PAR Simon Théodore

À l’occasion de la réouverture des lieux culturels à Strasbourg, le Maillon et le TJP Centre Dramatique National se sont associés pour proposer une série de spectacles, ateliers, laboratoires et conférences sous le nom de Narrations du Futur. En ouverture de ce temps fort, le monologue Auréliens, mis en scène par François Gremaud, alerte sur l’urgence de la situation climatique.

Le constat sera alarmant mais il essaiera de nous faire rire prévient l’acteur avant de monter sur les planches. Lorsqu’il apparaît, vêtu de baskets, d’un short et d’un tee-shirt jaune, difficile de croire qu’Aurélien Patouillard va porter la parole d’un scientifique : celle d’un autre Aurélien. Adaptée d’une conférence donnée en 2019 à Lausanne par le philosophe et astrophysicien Aurélien Barreau, le monologue présente l’urgence de la crise écologique. Pendant une heure, après une avalanche de chiffres tous plus vertigineux les uns que les autres, l’interprète évoque l’impact de l’Homme sur la Terre et le monde du vivant avant de proposer dix préconisations pour remédier au triste destin qu’attend la planète bleue.

En invectivant le public, l’acteur ramène les spectateurs à la réalité accablante de ces données difficilement représentables et imaginables. Non sans humour, avec une diction pas toujours contrôlée, il amène au théâtre un discours savant. La science rencontre alors la performance. Là où le scientifique pointe des diagrammes avec un laser, Aurélien Patouillard investit l’espace, interagit avec les quelques objets qui l’entourent et change régulièrement d’intonation. Malgré la lourdeur et la gravité d’un propos parfois redondant, le message est transmis. Ce message, il est fort. « La situation est tendue » ironise-t-il avant de questionner le projet insensé de l’être humain de se construire un environnement sans vie…

De plus en plus, les artistes évoquent ce thème. Les océans de plastiques, l’agriculture intensive, les migrations climatiques, la surconsommation : tous les exemples énoncés sont connus et font frémir. « Si la forêt brûle, c’est grave. Pas parce que c’est le poumon de la planète. Mais parce que c’est la forêt qui brûle » explique-t-il en mentionnant les discours imagés et politiques au sujet de la catastrophe climatique. Selon l’auteur, les acteurs qui s’emparent de cette question ne le font pas de la bonne manière. La pièce met alors en exergue que la cause écologique est mal investie par ceux qui ont le pouvoir et mal représentée par ceux qui la médiatisent. Il en ressort alors une dimension fataliste et un sentiment d’impuissance lorsque retentit la musique finale.

Sans être trop moralisateur et grâce à un rythme soutenu, la performance se veut donc agréable et pertinente. Au sortir de la salle, subsiste néanmoins un questionnement : celui de savoir si l’art et la science, même quand ils sont alliés, peuvent réellement faire changer les mentalités…

Visuels : (c) Mathilda Olmi

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Simon Théodore

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