Théâtre
Candide par Arnaud Meunier au Théâtre de la Ville : Un Optimisme éclectique

Candide par Arnaud Meunier au Théâtre de la Ville : Un Optimisme éclectique

17 février 2022 | PAR Yohan Haddad

À l’Espace Cardin du Théâtre de la Ville de Paris, Arnaud Meunier adapte le célèbre conte philosophique de Voltaire sous la forme d’une pièce de théâtre hybride, entre classicisme assumé et modernité mirobolante.

Adapter l’inadaptable

Depuis plus de 20 ans, Arnaud Meunier s’est attaché à une adaptation nuancée de textes classiques, dans l’idée de plaire aussi bien au public adulte qu’au public jeunesse. Au cours de sa longue carrière théâtrale, il a régulièrement alterné entre des pièces directement destinées aux enfants (Cent-Vingt-Trois de Eddy Pallaro en 2005) comme des adaptations de textes sulfureux de l’auteur et cinéaste Pier Paolo Pasolini. 

Pour sa nouvelle pièce de théâtre, il enrôle (en partie) des comédiens issus directement de l’école de la Comédie de Saint-Étienne pour un pari osé. Candide ou l’Optimisme, le célèbre conte philosophique de Voltaire, cauchemar de tous les lycéens, s’est toujours révélé difficile à adapter sur scène comme à l’écran, dû à ses péripéties parfois incompréhensibles et à ses bons mots virant dans un excès volontaire.

Pourtant, restituer le texte de la manière la plus littérale qui soit apparaît comme une bonne idée. Arnaud Meunier utilise ici une pléiade de costumes et de comédiens tout autant parfait les uns que les autres, arrivant à restituer avec talent la portée ironique du texte de Voltaire tout en gardant sa force littéraire, décidant de ne pas le modifier mais de le modéliser au travers d’un décor minimaliste. Composé d’un écran invisible sur lequel sont projetés les différents endroits du monde où s’aventure Candide, le metteur en scène fait le choix de ne pas se tourner vers des décors naturels pour appuyer justement la modernité de son propos.

À la croisée des genres

Au-delà de cette modernité assumée, l’attrait de la pièce vient également de son étonnant mélange des genres. Au lieu de restituer l’ironie dans une simple récitation, Arnaud Meunier use de différentes formes de spectacles, avec notamment cette récurrence de la comédie musicale, qui intervient à des moments inopinés tout au long du récit. Elle apparaît aléatoirement sur la scène, parfois lors d’une scène dramatique mais aussi pendant durant des moments plus comiques. Un exemple concret est l’utilisation de La Chanson de Delphine, composée par Michel Legrand pour Les Demoiselles de Rochefort, qui est reprise plusieurs fois vers la fin de la pièce. Le texte de Voltaire se retrouve dès lors aussi bien mêlé à des inspirations modernes qu’à un caractère théâtral plus classique.

Le travail des comédiens peut alors pleinement ressortir sur le devant de la scène, changeant de costumes à chaque scène pour endosser les différents rôles du roman. La pièce dépasse les représentations normées en choisissant de prendre certains comédiens pour jouer des femmes (comme le personnage de La Comtesse, icône du récit original) comme certaines comédiennes pour jouer des hommes (comme ces nombreux personnages de soldats et de militaires). 

La longueur serait le seul défaut à relever de la pièce, qui s’étend sur près de 2h15. Le texte de Voltaire étant parfois volontairement lourd de sens, la concentration en est dès lors altérée vis-à-vis de ses nombreuses digressions au sein du pur récit d’aventure, n’ayant pas forcément trait à apparaître sur scène. Cet aspect reste néanmoins mineur pour un spectacle haut en couleur, qui fait primer l’originalité en adaptant l’inadaptable avec une certaine malice visuelle et narrative, qui plaira aussi bien au lycéen qui doit étudier le texte qu’à l’adulte chevronné adepte de littérature classique.

Candide de Arnaud Meunier, d’après l’oeuvre de Voltaire.

Avec Cecile Bournay, Philippe Durand, Gabriel F, Romain Fauroux, Manon Raffaelli, Nathalie Matter, Stéphane Piveteau, Frederico Semedo, Matthieu Desbordes et Matthieu Naulleau.

Jusqu’au 18 février au Théâtre de la Ville de Paris – Espace Cardin

Visuel : © Sonia Barcet

Le secteur musical se mobilise avant les présidentielles
Pour la Saint-Valentin, Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna fêtent l’amour tragique et joyeux et mettent le feu à la Philharmonie de Paris.
Yohan Haddad

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture