Performance
« La part des femmes » : Héla Fattoumi revisite son travail avec deux danseuses au Théâtre National de Chaillot

« La part des femmes » : Héla Fattoumi revisite son travail avec deux danseuses au Théâtre National de Chaillot

09 octobre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Création au sous-foyer de Chaillot ces 7 et 8 octobre, La part des femmes est, à partir du livre universitaire éponyme, une revisitation par l’artiste franco-tunisienne Héla Fattoumi du travail fait sur la place du corps des femmes, réalisé avec Eric Lamoureux,  co-directeur avec elle depuis 2015 du Viadanse, le Centre Chorégraphique National de Bourgogne Franche-Comté à Belfort. Un regard rétrospectif de 1998 à 2013 qui démarre donc une tournée et va passer prochainement par Toulouse et Marseille.

Une traversée féminine du travail de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux 

C’est au sous-foyer du Théâtre National de la Danse, à Chaillot, que Héla Fattoumi, et deux danseuses, l’une tunisienne -Meriem Boujaja- et l’autre marocaine -Chorouk El Mahati- proposent de rejouer deux fois de suite, jeudi 7 et vendredi 8 octobre, des fragments de pièces de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux datant de 1998 à 2013. Le projecteur de ce regard rétrospectif qui permet de revisiter un répertoire est le livre de Anne Pellus qui suit le travail du duo de chorégraphe depuis 2010. L’universitaire a écrit, aux Nouvelles Editions Place, La part des femmes, sur leur travail. Dans le foyer, face à la Tour Eiffel, dans un espace neutre avec quelques chaises pour asseoir le public, la performance touche à son essence et l’audience, ultra-majoritairement féminine, résonne avec le trio de femmes qui présente sa réflexion sous forme de spectacle. En blanc et noir, pantalon presque « civil », Héla Fattoumi parle autant avec les mots qu’avec son corps, qui mime et danse la trajectoire qui a mené du solo Wasla- Ce qui relie (1998) à Masculines (2013) qui déconstruit joyeusement Le Bain turc de Ingres. Alors qu’un écran permet à Héla Fattoumi de présenter, comme des morceaux d’archives, des fragments de ses spectacles, elle raconte et danse comment passer d’une pièce à l’autre, l’interdiction du voile intégral, la manière dont elle en acheté un, rue Jean-Pierre Timbaud pour se l’approprier avec son corps dans le solo Manta (2009) puis le magnifier grâce au travail plastique de l’artiste marocaine Majida Khattari dans Lost in Burqa (2011).

Deux danseuses  qui revisitent le corp(u)s

Jouant du vêtement et d’une revisite de la manière dont Fattoumi et Lamoureux ont eux-mêmes revisité la danse orientale les deux danseuses ré-interprètent certains moments des 5 spectacles qui nous servent de fil rouge. Evidemment, à un moment, dès Manta, le vêtement est là, transmué en quelque chose d’organique, de sautillant et de vivant qui ne peut pas ne pas faire penser à Loïe Fuller. L’énergie cinétique permet d’échapper à la controverse du voile pour aller plus loin.  Mais une grande partie du spectacle, les danseuses sont souvent à contre-codes, avec des pantalons et débardeurs noirs au début, ou chair pour mimer la nudité des odalisques d’Ingres, à la fin. Ce faisant, elle dansent avec cette énergie foudroyante, quasiment non-genrée et qui est le signe du travail des chorégraphes Fattoumi & Lamoureux. Et quand elles s’emparent des replis des tissus voilant tout le corps et le visage, rien ne change : l’énergie, la joie et aussi l’humour quand l’érotisme arrive à son comble au moment où elles se plient toutes couvertes, comme deux montgolfières et nous présentent leur fesses toutes couvertes mais néanmoins ondulantes et plus suggestives que jamais, sous le tissus. C’est probablement dans cette énergie, dans ce moment qui déconstruit les codes et les a priori que se situe la formule magique de Héla Fattoumi pour interroger et redonner sa place à la part des femmes, mission qu’elle poursuit à la fin du spectacle et avant d’enchaîner sur un deuxième set en entrant en débat avec le public.

C’est une grande chance d’avoir pu assister à cette performance rétrospective, réflexive et qui réactive cinq propositions passées que nous avons très envie de voir ou revoir.

Masculines – Héla Fattoumi & Éric Lamoureux from despasdesfigures on Vimeo.

La part des femmes, Conception & chorégraphie Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, Interprètes Héla Fattoumi, Meriem Bouajaja, Chourouk El Mahati, Musique Éric Lamoureux, Costumes Gwendoline Bouget assistée de Hélène Oliva. 50 min.

 

Visuels : (c) Viadanse

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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