Arts
« Territoires de pouvoir » : souvenir, espoir

« Territoires de pouvoir » : souvenir, espoir

03 octobre 2022 | PAR Noemie Wuchsa

Depuis la rentrée, les “Territoires de pouvoirs » se cachent derrière les portes lumineuses de la galerie d’art Cécile Fakhoury. Cette exposition personnelle de Dalila Dalléas Bouzar nous ouvre un monde intime et libre. Elle se terminera ce 8 octobre avec une mystérieuse performance de l’artiste, étendue sur 24h …

Un monde de pouvoir, des visages d’espoir

Au même titre que ses tapisseries, Dalila Dalléas Bouzar tisse un lien étroit avec la transcendance et la beauté pure. Ses œuvres portent une profonde charge symbolique et émotionnelle. ce qui frappe reste l’intensité des toiles brodées, sur fond noir et minime. Le support de création renvoie aux fresques géantes antérieures, qui contaient, reprenaient les grands récits de l’Histoire. Mais ici, c’est plutôt l’histoire de sa vie. Celle que l’artiste a créé, a voulu représenter. Le rapport à l’origine est fort. Notamment par l’intermédiaire du corps : la peinture devient une nouvelle peau. peau simple, essentielle, organique, comme l’autoportrait avec un cœur sur son visage y fait justement écho (Autoportait, 2022). 

 

Cette présence lointaine, le souvenir

A travers ces œuvres mouvantes et multi-supports, un monde trouble surgit … par l’importance des silhouettes humaines. L’on parvient à retrouver un refrain : une femme demeure au centre, comme protagoniste, comme l’actrice primitive de la vie. A cette muse intrigante s’allie le motif du souvenir, de la mémoire. Des moments fantasmés, souvent illusoires.

Un sacré exalté ?

Dans cette mélodie d’illusions sommeillent avant tout une dimension mystique, aux portes du sacré. Les personnages féminins seraient animés par des pouvoirs divins, surnaturels (avec les toiles S’étaler et Araignée, 2019). Le plus grand tableau qui siège dans l’exposition (Femmes d’Alger d’après Delacroix, 2022), présente un large fond de jaune, avec des corps entremêlés, dans un état de semi-nudité.

Rapport de temps et d’influences, l’artiste se nourrit du passé pour forger un tout autre avenir; ou pour simplement créer ses œuvres sacrées. Ce tableau incarne un rappel explicite aux Femmes d’Alger du peintre antérieur, devenu canonique. Ainsi, le passé est réactivé et réécrit sous le pinceau contemporain. Pour les autres toiles, surtout les autoportraits, l’arrière-plan se vide, en couleur ocre. Ce traitement de l’espace nous incite à examiner le sujet divin, au centre, sans qui la création ne peut se révéler.

 

De l’insouciance en apparence, mais une position puissante 

Bien que l’innocence se fasse pressentir dans le trait, le thème général n’en est pas moins libre, mais fort. Car cet ensemble d’“entités” n’a pas de genre, et incarne donc une présence atemporelle et unifiée. Le désir de révolte se cache et attend patiemment son heure, attend que les visages dans les tableaux s’indignent et se soulèvent. C’est là leur volonté : réfléchir sur l’identité. Les couleurs ne sont pas spécialement saturées ni centrales (a contrario du Plongeur, 2022), mais sont bien vécues, pensées et minutieuses. Tous ces “territoires de pouvoir” sont nos nouveaux symboles d’action, à l’image de la combativité dans les performances de Dalila Dalléas Bouzar.

En guise de trace de l’artiste, presque comme un message codé, les initiales « DDB » sont fidèlement brodées en bas de la toile des deux Cœurs Purs (2022). Ce patchwork artistique, ces traces indélébiles du souvenir, laissent en nous une vive et grisante émotion.

 

Visuels : Couverture : Homme maïs © Gregory Copitet – Galerie : Femmes d’Alger d’après Delacroix, 2022 © Gregory Copitet / S’étaler, 2019 / My life is a miracle #1, 2021 © Gregory Copitet

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Noemie Wuchsa

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