Danse
Oona Doherty : Navy Blue is the most authentic color à Chaillot

Oona Doherty : Navy Blue is the most authentic color à Chaillot

23 septembre 2022 | PAR Yaël Hirsch

 Créée en Allemagne cet été, la nouvelle pièce de l’Irish Wunderkind de la danse arrive au Théâtre National de la Danse jusqu’au 1er octobre. Houle plus que passagère, « Navy Blue » réunit 12 danseurs dans une valse en trois temps qui laisse le temps de s’offrir des détours du côté de la protestation. De Rachmaninov au flow d’Oona Doherty, la fragilité de l’humanité est d’une générosité bleue comme une orange …

Qu’allaient-ils faire dans cette galère?

Dès les premières notes du concerto pour piano n°2 de Rachmaninov, nous sommes scotchés. Les 12 danseurs s’offrent en pyjamas bleu marine sur scène, pris entre deux batteries de projecteurs. L’uniforme est large et des corps on ne voit que les pieds très en dessous de visages auxquels on s’attache immédiatement. Les 12 hommes et femmes sans colère sont d’une infinie fragilité et semblent tenter de se tenir droits et fiers sur le pont d’un navire pris dans la houle. Il y a des moments plus fiers, le poing levé, en bleus de travail et des gestes plus humbles, qui ressemblent plus à du No. La bataille est là : persister dignement,  la simplicité des gestes et la maladresse de certains mouvements donnent envie de pleurer sur le sort de l’humanité. Le tonnerre gronde : c’est un à un que les danseurs s’effondrent, s’allongeant dans une mare d’encre bleue, non sans avoir dansé jusqu’au bout. Nous n’avons pas passé 30 minutes avec eux que nous les pleurons chacun.  C’est la fin du deuxième mouvement, quand la dernière femme tombe après une grimace qui vaut tous les gestes du monde. 

Danser contre l’inanité… 

Vient une deuxième partie où les drones et la nuit règnent sur les corps allongés tandis que la scène se mue en grand écran et où les flots bleus prennent toute la place. Les continents ne dérivent pas, ils se lèvent pour une troisième partie de résurrection – un peu étrange- où la voix de Oona Doherty agit comme un flow ou un astéroïde venu tout droit de la beat generation pour nous remercier d’être là et de faire face à son insignifiance, à celle de celui habillé de bleu à côté d’un autre habillé de bleu. Mais quand on nous cogne, nos corps ne deviennent-ils pas tous bleus ? Reste la danse qui se fait de plus en plus virtuose et vibrante face à l’inanité. Une danse qui pourrait finir dans le solo d’un corps plastique happé par la coulisse mais que Doherty- encore et toujours généreuse- propose de terminer par un grand câlin collectif selon l’un des ensembles imbriqués de corps, dont elle a le secret. 

C’est d’une infinie douceur, d’une engagement pur et d’une authenticité qu’on ne peut que saluer…A voir absolument dans les dates parisiennes de ces prochains jours ou en tournée… 

Navy Blue, Chorégraphie Oona Doherty en collaboration avec les danseurs, Musique Sergeï Rachmaninov, Concerto no 2 en ut mineur, Jamie xx, Vidéo Nadir Bouasria, Lumières, direction technique John Gunning, Texte Oona Doherty et Bush Moukarzel, Costumes Lisa Marie Barry, Oona Doherty, Régie générale Lisa Marie Barry, Co-direction, production diffusion Gabrielle Veyssiere, Production, administration Virginie Reymond, Jenny Suarez, Production déléguée Lea Connert et Dana Tucker, Avec Amancio Gonzalez Miñon, Andréa Moufounda, Arno Brys, Kinda Gozo, Hilde Ingeborg Sandvold, Joseph Simon, Mathilde Roussin, Ryan O’Neill, Sati Veyrunes, Thibaut Eiferman, Tomer Pistiner, Zoé Lecorgne, Magdalena Öttl, Production OD Works, 1h15. visuel (c)

visuels(c) Sinje Hasheider

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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