Danse
Au Châtelet, (LA)HORDE et le BNM au cœur du contemporain

Au Châtelet, (LA)HORDE et le BNM au cœur du contemporain

18 juillet 2021 | PAR Simon Gerard

C’est la première fois que (LA)HORDE propose, en tant que collectif à la direction du Ballet National de Marseille (BNM), un programme rassemblant les créations de chorégraphes invitées. CHILDS CARVALHO LASSEINDRA DOHERTY : un parcours clair et étonnant à voir comme une échappée rayonnante vers le contemporain — force impalpable d’un présent en perpétuelle redéfinition.

Childs aux sources du contemporain

Commencer un voyage dans la danse contemporaine par la réactivation d’une pièce de Lucinda Childs – papesse du postmodernisme américain – pourrait paraître d’un classicisme contre-intuitif. Pourquoi passer par l’aridité géométrique et rigoureuse d’une danse à la lisière de la contemporanéité ? Tempo Vicino, créée il y a dix ans, renferme en réalité une discrète radicalité à laquelle le paysage chorégraphique d’aujourd’hui doit beaucoup. Lucinda Childs, de même que ses consœurs et confrères du Judson Dance Theater — Trisha Brown, Yvonne Rainer, Steve Paxton — ont dès les années 1960 ouvert des brèches gigantesque dans la discipline, sautant joyeusement les écueils de la tradition, des normes et des conventions. Commencer par Lucinda Childs en somme, c’est rappeler avec beaucoup de pédagogie une fluidité primordiale : celle du contemporain même, concept poreux qui se fait en permanence le creuset des préoccupations du présent.

Carvalho, Lasseindra, Doherty : au plus près du présent

S’engage alors une montée en puissance rayonnante où la contemporanéité s’actualise à chaque proposition, donnant à voir au public du Théâtre du Châtelet plusieurs facettes du prisme imprenable de notre temps. Le cadre se réduit, par exemple, avec One of four periods in time (Ellipsis) de Tânia Carvalho, sur les visages des danseur.euse.s. Leurs mimiques donnent à la danse des allures expressionnistes de pantomimes et de tableaux vivants. La danse devient théâtre, peinture, cinéma.

Mais la plus grande force du programme de (LA)HORDE vient sans nul doute de sa seconde partie, initiée par Mood, une création de Lasseindra Ninja, figure majeure de la culture du voguing en France, habituée des ballrooms et des solos plus que des théâtres et des créations pour groupes de danseurs. C’est là que se niche l’intérêt principal de ce parcours : donner à voir une danse beaucoup citée mais rarement vue en institution, alors que sa raison d’être est profondément généreuse : promouvoir l’affirmation de soi, l’abandon des normes, la libération des genres. Il en résulte une création éclatante et jouissive, alternant entre solos exaltés et moments collectifs épiques.

Cette lumière éclatante entre en parfaite complémentarité avec Lazarus, adaptation pour collectif d’un solo de la chorégraphe de Belfast Oona Doherty. Sont exploités les comportements normatifs toxiques admis en société sous prétexte d’être représentatifs de ce qui est communément nommé « masculinité ». Une pièce finale majestueuse dont l’ironique sacralité ne la dénue pas de poésie : la proclamation dansée d’Oona Doherty touche par sa sensibilité et l’effet de réel qu’elle génère.

(LA)HORDE et les danseur.euse.s du BNM livrent donc un programme résolument contemporain. La danse se charge, au fil des propositions, de l’énergie poétique, des préoccupations politiques et des identités plurielles qui façonnent nos présents.

Visuel : ©Alice Gavin

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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