Danse

Hard To Be Soft, A Belfast Prayer

Hard To Be Soft, A Belfast Prayer

15 avril 2019 | PAR Isabelle Trofleau

Après Lady Magma, Oona Doherty revient avec Hard To Be Soft, A Belfast Prayer, et séduit par l’authenticité des propos au travers d’un quadriptyque inspiré de ses racines et des couleurs de sa ville natale.

On ne vous présente plus cette jeune danseuse et chorégraphe irlandaise talentueuse et moderne dont le style entre punk et hip hop, fait parler les coeurs et les tripes grâce à la mise en mouvements du corps.  Le vrai transpire et transperce au travers de ces quatre épisodes mettant en scène Oona ainsi que des danseurs amateurs. 

Très différents les uns les autres, ils balaient les différentes problématiques sociales et politiques que peuvent rencontrer les habitants de la ville de Belfast, et le combat intérieur et collectif qu’il faut mener pour tenter de faire avec… d’avancer… de faire mieux….  La vie est un voyage, une quête de lumière, mais parfois, pour trouver la lumière il faut traverser les plus sombres ténèbres…. Ce message universel est illustré par la gestuelle et l’expression d’hommes et de femmes auxquels le public peut s’identifier.

Hard To Be Soft, ou la difficulté de se montrer vulnérable lorsque l’on grandit parmi la délinquance, la drogue, les injustices, porte donc un regard aigu et juste sur la société. La nécessité d’Etre dans la force pour se protéger, pour faire face à la noirceur du présent, et à l’incertitude du futur. Pour peindre l’intérieur des gens et donner de la matière à son témoignage, Oona Doherty se nourrie et s’inspire également de l’oeuvre de Jackson Pollock, de  Francis Bacon et de films comme La Haine ou Un Prophète, dans lesquels il est question de sacré, de spirituel et d’éternel.  

Même si la pièce ne frappe pas par une recherche chorégraphique pointue et par la technicité des danseurs, elle questionne sur l’impact de l’héritage culturel. Comment faire émerger des émotions enfouies et les manifester en respectant la réalité de la violence environnante et l’authenticité des émotions ? 

Une voix sans image introduit chacun des tableaux pour structurer et documenter la pièce. Les séquences sont rythmées par des thématiques diverses bien que toutes liées  par l’affirmation de la dualité de l’être humain.

Une musique paisible et douce accueille la pièce, dans la pénombre où trois hommes immobiles observent un foyer en se réchauffant puis, un jeune personnage interprété par Oona Doherty elle même encapsulée dans une certaine masculinité, se manifeste en solo toute vêtue de blanc pour incarner l’éclat dans l’atmosphère ténébreuse de la ville.

Sugar Army, suit l’introduction mystique et percutante, représenté par un collectif de femmes très maquillées et colorées, comme pour atténuer ou camoufler la douleur et les maux. Elles se déhanchent, posent, luttent et exultent.. on reconnaît une danse tribale à certains endroits, il semblerait que celle-ci vienne de Nouvelle Zélande, une sorte de haka moderne, comme celui d’ Angelin Preljocaj qui unit ces très jeunes femmes dans un même combat dont la liberté reste limitée notamment par l’interdiction de l’avortement si leur vie n’est pas en danger. Le 3ème épisode présente quant à lui le rapport père-fils entre résistance et embrassade avec de l’amour toujours ; deux générations se cotoyent, s’entendent, se déchirent, s’ajustent. L’autre sujet est celui de la figure de l’homme, de son devoir de faire et de devenir malgré les contraintes sociétales. 

Les corps résistent, se défendent,  se contractent, se raidissent, attaquent et se libèrent ponctuellement sur une musique composée par David Holmes, ami fidèle de la chorégraphe, mêlant chants sacrés, musique Electro et hip-hop. Ils évoluent sur un sol vierge et blanc devant ou au centre d’une structure métallique qui s’ouvre et se ferme composée de barreaux et de leds, allégorie de la prison, des ténèbres et du paradis ? 

Le temps s’écoule rapidement durant cette pièce politique et poétique. Un sentiment d’inachevé vient saisir le public après le dernier tableau dans lequel Oona Doherty réitère son apparition en jogging baggy dans son personnage du début…Une prière pour Belfast ne laisse pas indifférent et invite à approfondir sa réflexion sur l’influence de ses origines, en explorant le caractère fragile, fort et spirituel de l’individu.

Visuel  : © Luca Truffarelli

Conception et chorégraphie : Oona Doherty

Avec Oona Doherty, Bryan Quinn, John Scott, Emy Aguirre, Clémentine Babin, Chloé Boisseuilh, Maelle Cirou, Chloé Gaudin, Sarah Murcia, Lalasoa Randriantsainarivo, Shanez Sanaa

Création sonore et musique : David Holmes

Décor et création lumières : Ciaran Bagnall

Assistante création lumières : Sarah Gordon

Construction décor : Peter Lorimer

Projections : Jack Phelan

La playlist imparable
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Isabelle Trofleau

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