Expos
Bruce Nauman rencontre Francis Bacon au musée Fabre de Montpellier

Bruce Nauman rencontre Francis Bacon au musée Fabre de Montpellier

09 juillet 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Ils ont plus de trente ans d’écart, et pourtant : il semblerait bien que Bruce Nauman, artiste radical né en 1941, et Francis Bacon, peintre violent de la modernité (1909-1992), dialoguent parfaitement bien dans l’exposition-anniversaire du musée Fabre de Montpellier, qui fête les 10 ans de sa réouverture avec faste. Il a fallu en effet réunir des toiles de Bacon (une gageure par les temps qui courent !) et les insérer entre des murs agités de sons, d’images vidéo et d’installations mouvantes ; bref, une exposition à l’ambition palpable, qui offre à ces deux artistes fort différents l’émotion du premier regard. À voir du 1er juillet au 5 novembre 2017.

Cécile Debray, commissaire invitée venue du Centre Pompidou, a expliqué en introduction de sa visite à la presse que la radicalité de Bruce Nauman « donnait à relire la puissance de Francis Bacon », malheureusement plus célèbre aujourd’hui pour les envolées de ses prix sur le marché que pour les questionnements existentiels de son art. Immédiatement, cela fit sens : dans ce grand cube blanc réaménagé à l’envi qu’est l’espace des expositions temporaires du musée Fabre, Francis Bacon et Bruce Nauman allaient, ensemble, se débarrasser des décennies de reproductions et de babillages pseudo-artistiques pour se donner à voir « sans référence ». Voici ce qu’elle souhaitait : une exposition purement visuelle, qui réactiverait le sentiment brut de ces deux artistes ultra-célèbres.

img_4501

Pour ce faire, le studio de design The Cloud Collective a pensé une scénographie géographique et destructurée, qui résonne particulièrement avec les cadrages des vidéos de Bruce Nauman, toujours de travers, et les architectures de Bacon, véritables cages où l’âme étouffe. On entre dans les deux premières salles comme dans des chapelles : tout d’abord, on assiste au lent maquillage de Bruce Nauman (Art Make Up, 1967-68), qui recouvre son corps de peinture. Puis, c’est le recueillement face au triptyque In Memory of George Dyer (1971), chef d’œuvre sensible de Bacon, désespéré face à la mort de son ami et modèle qu’il présente en corps mouvant, puis en corps perdu dans une cage d’escalier et enfin en reflet enfermé dans un miroir. Le ton est donné : le lien entre les deux artistes semble évident. Chacun présente avec une certaine forme de violence et de rébellion face à l’Histoire de l’art l’architecture qu’il a dans la tête, et l’œuvre se vit à chaque fois comme une expérience faite de désir, de frustration, de radicalité.

img_4503

Plus loin, les chiens de Bruce Nauman, sculptures sens dessus dessous façon manège cauchemardesque, s’éclairent face à la toile fantomatique Study of a dog de Bacon, où l’on aperçoit le spectre menaçant d’un chien, comme l’ombre carnassière qui sommeille en chacun de nous. L’animalité tient d’ailleurs une place centrale dans la présentation du musée Fabre, qui rappelle que Bruce Nauman est un homme sauvage, qui chasse et vit dans un ranch au Nouveau-Mexique, et que Francis Bacon était obsédé par cette idée. Dès lors, on ne marche plus dans l’exposition, mais on rode… Semble-t-il ?

img_4507

L’angoisse palpable de leurs motifs communs (les cages, les difformités, les cris) est à son comble dans deux salles ultimes, plongées dans la pénombre, où les Papes (1950/51) hurlants de Bacon trouvent leurs voix dans l’horrible bande-son de l’Anthro/Socio (Rinde Facing Camera) (1991) de Nauman, où le même visage se répète sur différents écrans, chantant/gémissant – difficile à dire…

En état de choc, on sort de l’exposition avec l’impression très nette d’avoir véritablement éprouvé, senti, entendu chacune des œuvres, et à travers elle l’intériorité des deux artistes. Pas besoin de contexte, pas besoin d’explications, pour pénétrer dans le royaume sans Dieu ni maître de ces deux hommes furieux.

Informations pratiques :
Francis Bacon / Bruce Nauman : face à face
Du 1er juillet au 5 novembre 2017
Du mardi au dimanche, de 10h à 19h, fermé le lundi
Tarifs : entre 8 et 10 euros

Infos pratiques

Théâtre le Célimène
Les Rencontres Photographiques d’Arles
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *