Danse
[Festival d’Automne] Dans les fondations de Lucinda Childs

[Festival d’Automne] Dans les fondations de Lucinda Childs

28 septembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre du magnifique portrait que le Festival d’Automne consacre à Lucinda Childs, permettant aux retardataires de se replonger dans les lignes courbes de Dance (jusqu’au 3 octobre au Théâtre de la Ville) et Available Light (Au Châtelet du 4 au 7 octobre), le Centre National de la Danse, La Commune et la MC93 accueille les Early Works de la chorégraphe.

Le programme A des Early Works présenté au CND permet de voir quatre solos ayant comme ligne directrice l’humour. Les dates choisies peuvent surprendre : Pastime date de 1963, Carnation de 1964, Museum Piece de 1965 mais Description (of a description) lui est beaucoup plus tardif puisque créé en 2000. On comprend vite que c’est un aspect de la chorégraphe américaine née en 1940 qui va être mis en relief.

Quatre soli donc. Le premier dansé par la patronne du lieu, Mathilde Monnier, le second et le troisième par la nièce de Lucinda Childs, Ruth Childs et le dernier par Madame Lucinda elle-même.

Alors, on sourit beaucoup et l’on s’étonne beaucoup aussi. On connaît plus les obsessions de Childs pour une danse ancrée dans les recherches musicales contemporaines (Cage, Glass..), dans l’architecture et le numérique, moins dans le registre théâtral voir circassien. Le premier geste, Pastime nous installe dans le fantasme d’une salle de bain où Mathilde Monnier danse une douche puis un bain en empruntant des levers de jambes au champ classique. Pour Carnation, il s’agit d’une double entrée dans l’Amérique des années 60, les bigoudis sont de rigueur et les éponges sont jetables. Mais c’est aussi une gentille critique du monde du spectacle où depuis les origines, la débrouille est de mise. Ruth Childs porte au sens premier du terme tout son décor sur elle. Museum Piece vient à l’aide de ronds de couleur disposés au sol nous introduire à la notion de conférence spectacle dans un amusement et une distance qui annonce l’humour des cartoon américains. La dernière partie est un solo de Lucinda Childs dans un hommage à Bob Wilson. On la retrouve en fantôme de David Bowie, posée sur un promontoire, dans une image et un déplacement archétypal de Wilson. Elle nous raconte l’histoire de la chute d’un homme, elle nous la décrit, dans une répétition.

Le travail d’historien est ici admirable. Ces pièces qui ont donc pour trois d’entre elles nous parviennent cinquante ans après intactes, non pas dans une volonté de divertissement mais bien dans celle d’une étude de cas. Il s’agit de comprendre comment l’américaine alors âgée d’à peine de vingt ans appréhendait un art en pleine révolution.

Merce Cunningham avait déjà changé le mouvement, il fallait pour elle aller plus loin vers une jonction et un mélange des genres qui justement aurait pu se créer dans la Factory de Andy Warhol tant ici tout respire l’underground new-yorkais.

La construction de ce programme fonctionne parfaitement et l’on ne peut être qu’ému à l’apparition de la belle dame, classe folle et pas impeccables. Elle déhanche et chute sans sourciller du haut de ses 76 ans. Un bonheur.

Si vous êtes à Pantin, faites un crochet à la Galerie Thaddaeus Ropac où a lieu l’exposition « Lucinda Childs, Nothing personal 1963-1989 ».

Visuel :© Festival d’Automne

Infos pratiques

CCN de Caen
Galerie Houg
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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