Danse
« Weaving chaos » de Tânia Carvalho: tempête sur un plateau

« Weaving chaos » de Tânia Carvalho: tempête sur un plateau

26 septembre 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

A partir de l’Odyssée d’Homère, Tânia Carvalho compose avec Weaving Chaos une pièce chorégraphique pour douze danseurs, où se mêlent de multiples références allant de l’imagerie médiévale au ballet romantique. Mouvement, lumière et sons concourent au surgissement d’un univers peuplé de personnages errants et tourmentés. La pièce ne retient que peu la construction épique du texte d’Homère, se resserrant autour de son caractère allégorique.

[rating=4]

Si une première figure foule d’abord seule le plateau, elle est très vite rejointe par onze autres danseurs possédant chacun des caractères distincts, tant dans leurs accoutrements que dans leur manière de se mouvoir et d’occuper l’espace. Bien difficile de distinguer un héroïque Ulysse, l’odyssée est ici collective, celle d’une cour des miracles livrée à tous vents et à tous flots. Dans Weaving chaos, Tânia Carvalho se saisit pleinement de ficelles théâtrales et construit des personnages, chacun suggérant à notre imagination sa propre histoire. La patine similaire de leurs habits et les traits, maquillés, de leurs visages marqués, indiquent que leur errance douloureuse est commune.
Sous les airs grotesques, voire burlesques qui caractérisent, au premier abord, la création de Tânia Carvalho, se révèle le travail d’orfèvre d’une chorégraphe entourée d’interprètes magistraux. La pièce est un véritable bijou dansé, formé de douze partitions finement ciselées qui s’unissent en un élan collectif qui rappelle les chorégraphies impeccables des oiseaux migrateurs en pleine traversées, ou encore le ballet houleux des mers et des océans. Un chaos savamment tissé quand les éléments déchainés entrainent le groupe dans de tourbillonnantes bourrasques.
Un sentiment intense et mélangé de vertige et d’enfermement surgit alors, sentiment qui pourrait être lui même une allégorie de l’idée de destin. En effet, la pièce nous emmène vite dans une posture émotionnelle éprouvante, par des effets visuels et sonores intenses et répétitifs : un goût tragique d’éternel recommencement.
Composée sous forme de tableaux, la pièce s’éloigne d’une trame narrative et se construit par projection : cette sarabande enivrée de souffrances et de jouissances reflète parmi d’autres évocations les danses macabres médiévales et les toiles romantiques de Géricault.

En contrepoint magnifique, les danseurs un à un se relaient sous un puit de lumière, presque au centre du plateau. Droits, immobiles et épuisés, ils ne peuvent s’empêcher de laisser s’incliner leur nuque et fléchir leur genoux, rapide vacillement d’une vigilance partagée et jamais totalement éteinte. Sans aucun doute, une image qui restera…

Créé à la Biennale de Lyon 2014, Weaving chaos de Tânia Carvalho est présenté du 24 au 26 septembre au Centre Pompidou.

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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