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« Où sont passés vos rêves ? » Rencontre avec Alexandre Prévert

« Où sont passés vos rêves ? » Rencontre avec Alexandre Prévert

24 décembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

À seulement 23 ans, Alexandre Prévert nous invite à un voyage musical et poétique à travers l’Histoire et les rêves des personnalités qui ont marqué leur temps. Revenons avec ce jeune pianiste sur ce nouveau spectacle très complet intitulé Où sont passés vos rêves ?.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Alexandre Prévert. J’ai fait le Conservatoire de Paris et la Sorbonne en musicologie. Avant ça, j’ai fait du judo à haut niveau. J’ai été ceinture noire à quatorze ans et champion de France minime. Mais j’ai dû faire un choix entre le judo et le piano. Ce sont mes parents qui m’ont mis pour la première devant un piano. J’avais alors trois ans et demi. Le temps passant, j’ai essayé de prendre du plaisir à jouer et de donner du sens à ce que je faisais pour pouvoir exprimer ce que j’avais envie de transmettre et de partager. En passant les vingt mille étapes nécessaires à la naissance du projet, cela a donné, in fine, Où sont passés vos rêves ?.

Pourquoi vos parents vous ont imposé le piano ? Étaient-ils musiciens ou mélomanes ?

Pas du tout. Mes parents se sont rencontrés au tennis. Ils ont tous deux fait des études en sciences politiques. Ils ont voulu que je fasse du piano et du judo, sans doute parce qu’ils trouvaient que socialement cela pouvait m’apporter un bagage assez sympathique et intéressant dans la vie.

De quand date le spectacle Où sont passés vos rêves ? ?

Il est tout récent. Il date de cette année. J’ai terminé mes études au Conservatoire de Paris il y a deux ans et demi. Pendant que je finissais mes études, j’avais commencé un projet qui s’appelait Prévert, piano et poésie, qu’on a joué dans environ quatorze villes de France. Une fois le spectacle terminé, quelques mois plus tard, on a remis le couvercle avec un nouveau projet avec des histoires, des morceaux et des poèmes différents. On a appelé ça la saison deux et le titre était Quel romantique êtes-vous ?. Puis quelques mois après la fin de la tournée, on a enchaîné avec une saison trois : Êtes-vous prêts à changer de vie ?. Il y a à peu près un an, je jouais la dernière de ce spectacle, et, quelques mois après, au début de l’année 2019, est né Où sont passés vos rêves ?. Cette nouvelle création est l’aboutissement de toutes ces années de recherche. Elle constitue une bonne base pour construire à partir de la thématique du rêve toutes les histoires, tous les messages, toutes les notions qu’on en a envie de véhiculer et de transmettre à travers la musique, la poésie et l’Histoire.

Comment avez-vous pensé les associations texte/musique dans ce dernier spectacle ?

Dans ce spectacle, il y a sept rêves différents, sans compter l’introduction et la conclusion. Chacun implique au moins un auteur, un compositeur et une grande Histoire. Par exemple, dans le rêve d’aventure, on raconte le voyage de Christophe Colomb en Amérique à travers un extrait des Cannibales de Montaigne et L’espérance et le doute de Maupassant. Chaque rêve commence par une anecdote personnelle en lien avec ce dernier, que je raconte assis sur une chaise, dos au public, en quelques phrases. Ensuite, je me retourne vers les spectateurs et leur demande quelles sont les leurs. Je pose en fait une question assez large et choisit une personne dans l’audience pour partager sa propre expérience. Après cette courte interaction, j’embraye sur la grande Histoire. Par exemple, quand je parle du rêve d’amour, je commence par raconter ma première expérience malheureuse à six ans d’avoir dit « Je t’aime » à une fille. Je demande ensuite au public un exemple de cadeau. Puis je cherche à savoir s’il sait qui est Paul Verlaine. Je lui parle alors du poème qu’il avait écrit à sa femme qui venait de le quitter. Et là, j’embraye sur le rêve d’amour de Paul Verlaine, ce que j’appelle la grande Histoire. Pour raconter ces rêves, le schéma-type, c’est donc une partie stand-up/story-telling, qui me paraît de faire passer des messages de manière plus didactique et interactive, avec de l’ironie, du seconde degré, de l’absurde, des références à l’actualité, au monde d’aujourd’hui… Ce récit débouche sur l’œuvre poétique, un poème qui sera en lien direct avec lui. Par exemple, lorsque j’aborde le poème Ballade en rêve, le poème que Paul Verlaine a écrit pour tenter de récupérer sa femme qui venait de le quitter, j’explique que les choses n’étaient pas si simples que ça car il était alcoolique et qu’il la frappait. On comprend alors qu’elle était partie pour de très bonnes raisons. Cette histoire permet d’évoquer les problèmes actuels de notre société, qui sont en fait intemporels. Je termine l’exploration du rêve en musique. Le morceau que je joue au piano apporte une conclusion au voyage spatio-temporel entrepris à la découverte d’un type de songe. Par exemple, après le rêve d’amour de Verlaine, j’explique au public que les histoires d’amour ne se terminent pas toutes mal et qu’elles peuvent aussi bien se passer. Et là, je lui parle du rêve d’amour de Liszt, qui s’est inspiré d’un poème de l’allemand Freiligrath, qui est assez simple et qui dit, en substance « Aime tant que tu peux aimer ». Puis, à la fin du morceau, il y a un noir. Je me remets dans ma position initiale, assis sur ma chaise dos au public pour raconter une anecdote et ensuite aborder le rêve suivant.

Pourquoi avoir inclus, parmi tous ces rêves, un cauchemar ?

Parce que le cauchemar fait partie du rêve. Il permet d’aborder une autre facette de l’Histoire, qui est truffée d’enseignements tant positifs que négatifs. Le cauchemar permet ainsi d’aborder de manière simple quelque chose qui s’est mal passée, ainsi que ses signaux avant-coureurs… Même si cela peut paraître paradoxal, le but de ce spectacle est de rêver dans le réel, de plonger dans l’Histoire… pour essayer à la fois de s’inspirer du meilleur, mais aussi de se souvenir du pire et ne pas naïf. Dans ce spectacle, on parle donc à la fois d’une société marquée par le progrès, par les guerres… Le cauchemar permet d’évoquer ces événements certes moins reluisants, mais tout aussi importants de l’Histoire, avec le recul du stand-up.

Comment avez-vous choisi les auteurs, les compositeurs et les extraits de leurs œuvres pour composer ce spectacle ?

Nous sommes beaucoup à travailler sur le spectacle, mais au départ c’est toujours moi qui jette les premières versions, que je soumets ensuite à mes proches et à mes collaborateurs. Et là, nous commençons à échanger et à se nourrir des réflexions des uns des autres. Le corpus reste assez fidèle à mes premières intentions. En général, je choisis des textes, des morceaux, des compositeurs et des auteurs qui me plaisent, me touchent et que j’ai envie de partager. Il y en  a aussi qui s’imposent d’eux-mêmes. Par exemple, pour parler du cauchemar ou de la guerre, je sais que Les Nocturnes de Chopin, reprises dans le film de Roman Polanski Le Pianiste, suffiront à évoquer à la Seconde Guerre Mondiale.

Comment avez-vous pensé la mise en scène du spectacle ? Outre la musique et la poésie, avez-vous associé d’autres arts pour évoquer le rêve ?

Non. Par contre, il y a un gros travail de lumière avec Marie Guibourt qui travaille avec moi à la mise en scène et Laurent Jaussi qui s’occupe de la scénographie et de la création lumière. Ce travail sur la lumière permet de caractériser chaque rêve et de souligner certaines histoires racontées au fil du spectacle. Chaque rêve a sa propre ambiance colorée. Celle-ci peut évoluer, notamment lors des interactions avec le public. La lumière permet également de structurer le début et la fin du spectacle. Il y a aussi deux/trois ruptures artistiques en chanson. Par exemple, en plein milieu du spectacle, je fais une pause pour raconter le rêve de Renaud de rester enfant. Je joue alors Mistral gagnant au piano. Je ne le chante pas, mais je pose ma voix sur la musique, ce qui permet de mettre le texte davantage en valeur, sans bousiller la chanson de Renaud en essayant de l’interpréter comme lui. Et, à la fin du spectacle, de la même façon, je joue Les feuilles mortes de Prévert et Kosma, dont le public reprend le refrain en le chantant bien mieux que moi.

Du coup, avez-vous besoin d’une salle équipée en projecteurs pour jouer ou bien pouvez-vous adapter le spectacle au lieu ?

Ce spectacle est complètement adaptable. On a seulement besoin d’un piano et, à partir de là, on peut tout faire, grâce au pouvoir des mots et des notes. Forcément, plus on a de moyens, plus on est content. Plus on peut développer et être fidèle à la construction globale du spectacle, y compris du point de vue technique, plus ça donne de chance de faire rêver, voyager et de véhiculer le propos, ainsi que le message du spectacle.

Avez-vous pensé à un dossier pédagogique pour intervenir auprès des scolaires… ?

Nous avons également réalisé une plaquette qui est sur notre site Internet, mais que nous devons refaire parce que le spectacle a beaucoup évolué depuis septembre dernier, depuis que je suis entouré par Marie Guibourt, Laurent Jaussi et Raphaël Pottier qui travaille avec moi sur le texte. Après, le spectacle est écrit d’une telle façon que chacun pourra y trouver son compte. Il est compréhensible par n’importe qui, puisqu’il n’y a pas besoin de références. Tout ce qui est cité ou dit est remis très simplement dans son contexte. Du coup, on peut ne jamais avoir entendu de musique classique de sa vie, ni lu de poésie, ni vu les films auxquels je fais référence, ni connaître les histoires racontées dans le spectacle, pour comprendre de quoi il est question.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce spectacle ? Allez-vous en conserver la structure et le faire évoluer en changeant les éléments qui le composent ?

Oui, c’est exactement ça. Dans un premier temps, nous souhaitons faire tourner Où sont passés vos rêves ?. Puis, une fois qu’on aura le sentiment d’avoir suffisamment touché de personnes, véhiculé le message et diffusé le spectacle, l’idée est de réalimenter les rêves pour essayer de traiter sous un autre angle certaines thématiques et en aborder d’autres, en changeant les auteurs, les compositeurs, les philosophes, les histoires…      

Retrouvez l’actualité d’Alexandre Prévert sur son site Internet (ici), sur sa page Facebook (ici), sur sa chaîne YouTube (ici), son profil LinkedIn (ici), ainsi que ses comptes Twitter (ici) et Instagram (ici). 

Visuels : Affiche et photo © Hugo Vereeken – Alexandre Prévert

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Et tout le monde s’en fout… mais toute la culture en parle!
Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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