Opéra

« Parsifal » à Strasbourg : La Nuit au musée

« Parsifal » à Strasbourg : La Nuit au musée

28 janvier 2020 | PAR Julien Coquet

Servi par un plateau vocal homogène d’une grande qualité, le dernier opéra de Richard Wagner se perd malheureusement parfois dans une mise scène alambiquée.

Encore récemment, l’opéra se trouvait au musée, au Centre Pompidou Metz et à Orsay. Réciproquement, c’est au tour du musée de se retrouver à l’opéra. Déplacer l’intrigue dans un musée n’est pas chose nouvelle : on se souvient de la proposition d’Alvis Hermanis à Salzbourg pour Il Trovatore de Verdi en 2014. À sa manière, le Tannhaüser de Wagner par Robert Carsen rapprochait lui aussi l’action du monde de la peinture. Pour sa deuxième mise en scène à l’Opéra national du Rhin, Amon Miyamoto, après un Pavillon d’or remarqué, choisit lui aussi de transposer son Parsifal dans un musée.

« Dans les musées, on voit l’Histoire de l’Humanité condensée, déclare le metteur en scène. C’est également la représentation de l’Histoire de l’esprit humain. » Ô combien mystique, l’histoire de Parsifal pourrait très bien rentrer dans ce cadre. On retiendra ainsi de belles idées, comme ces Filles-Fleurs sorties d’un tableau représentant une orchidée, ou encore ce chœur de soldats écorché vifs, morts au combat de guerres différentes. Il y a aussi ces tableaux qui descendent des cintres et envahissent l’espace de Christ en croix ou de Descentes de croix. D’autres choix laissent malheureusement plus perplexes. Le vieux roi Titurel est une momie, un singe apparaît régulièrement sur scène (un clin d’œil à 2001, l’odyssée de l’espace ?), le père de Parsifal se suicide dès le prélude d’ouverture… Cette multiplication des signes pourra gêner celui qui découvre Parsifal pour la première fois. Et si Amon Miyamoto invoque Terrence Malick dans le programme, le spectateur pense plus facilement à Ben Stiller dans La Nuit au musée, pauvre gardien de nuit circonspect face aux dioramas qui prennent vie.

Le plateau vocal, homogène, reflète parfaitement les différentes voix et tessitures souhaitées par Wagner. À Montsalvat, le vieux roi Titurel, uniquement présent au premier acte, est campé par un Konstantin Gorny à la basse profonde. Son fils sur scène, Amfortas (Markus Marquardt), possède une voix à la projection bienvenue. Le Gurnemanz de Ante Jerkunica impressionne dès ses premières phrases : la diction est solide et une palette de nuances sert les longs monologues explicatifs. La complexité du personnage, sur lequel compte toute la communauté de Montsalvat, est appuyée par la noirceur de la voix et une prestance physique qui ne peuvent laisser indifférent.

Au château magique de Klingsor, ce dernier, chanté par Simon Bailey, convainc par la méchanceté du personnage. Les ordres aboyés à ses sbires font froid dans le dos. La Kundry de Christianne Stotijn, personnage ambiguë, émeut peu lors de ses interventions sensuelles et caressantes. Pour autant, la force de l’interprétation scénique et les moments de rage et de désespoir nous emportent. Enfin, l’interprète du rôle-titre, Thomas Blondelle, recueille une salve d’applaudissements lors des saluts. Quelle prise de rôle ! Le ténor parvient à saisir l’évolution de Parsifal : adolescent juvénile et pataud au premier acte, la naissance d’un vrai héros durant l’acte II se confirme au dernier acte. La voix est projetée, sans aucune entrave.

Dans le programme, Marko Letonja, chef d’orchestre habitué de l’Opéra national du Rhin, déclare que la durée peut varier d’une représentation à l’autre, sa vision du tempo n’étant pas forcément arrêtée. Le spectateur de la représentation du dimanche 26 janvier constate même un décalage de 20 minutes entre la durée indiquée et la durée effective. Si les préludes du premier et du dernier actes s’étirent à l’extrême, les moments de fougue et d’héroïsme de l’acte II ravivent la flamme de cette aventure chevaleresque. L’orchestre de l’Opéra comme les chœurs s’accordent dans cette vision du dernier opéra de Wagner et livrent une prestation musicale emportée.

Parsifal de Richard Wagner le dimanche 26 janvier 2020 à 15h à l’Opéra national du Rhin (Strasbourg). Direction musicale de Marko Letonja et mise en scène d’Amon Miyamoto.

Crédits photos: Klara Beck

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