Opéra

Limoges sous le signe des noces du théâtre et de la musique

Limoges sous le signe des noces du théâtre et de la musique

20 mai 2019 | PAR Gilles Charlassier

Un mois après Macbeth, l’Opéra de Limoges coproduit une autre reprise, celle de la comédie-ballet de Molière et Lully, Les amants magnifiques, réglée avec une poésie souriante par Vincent Tavernier, avec la complicité alerte de Hervé Niquet et son Concert Spirituel dans la fosse.

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Si les regards panoramiques internationaux ne considèrent parfois que les plus grandes maisons, la diversité de la programmation et des initiatives pédagogiques et artistiques sont loin d’être le lot exclusif des premières places lyriques. Au contraire, serait-on parfois tenté de dire.

A la tête de l’Opéra de Limoges, Alain Mercier renouvelle avec habileté et créativité les ressources du genre et l’engagement territorial d’une institution consacrée à un art taxé d’élitisme, en cherchant à relier les deux dynamiques. Outre la résidence du duo le lab, formé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, livrant l’année dernière une Schubert box, déambulation scénographiée dans un choix de lieder du compositeur viennois, la participation des enfants d’Operakids dans la Ville morte et Macbeth l’illustre remarquablement. En reprenant la production des Amants magnifiques de Molière et Lully que Vincent Tavernier avait réglée avec sa compagnie Les malins plaisirs, Limoges élargit le répertoire traditionnel de l’opéra jusqu’aux confins du théâtre et de la danse, dans une forme d’art total prisée par Louis XIV et sa cour et portée à son plus haut accomplissement par le duo Molière-Lully – avant que les deux Jean-Baptiste se brouillent -, tout en se faisant une place originale sur la cartographie baroque – et préromantique –, confirmée par la Phèdre de Lemoyne sous la baguette de Julien Chauvin en début juin.

Dessinés par Claire Niquet, les décors de tulle et de voiles installent une poésie féerique, consonante avec l’esthétique du genre, qui n’oublie pas cependant la satire morale, tournant en ridicule les élucubrations astrologiques autant que la fatuité des prétendants. Les costumes colorés d’Erick Plaza-Cochet caractérisent les personnages selon ce même équilibre, quand les lumières réglées par Carlos Perez déclinent les atmosphères avec cette même fluidité fidèle à l’oeuvre, sans pour autant se figer dans la muséographie. La collaboration entre les différentes formes artistiques, qui tient à la nature même de la comédie-ballet, s’affirme, également dans le même esprit, avec les chorégraphies de Marie-Geneviève Massé, reprenant le vocabulaire de la danse baroque en lui insufflant une juvénilité souple, sinon acrobatique ça et là, qui la libère du pourpoint de la célébration monarchique. Les gazouillis zygomatiques entendus ça et là confirment l’efficacité du jeu d’acteurs, même pour les plus jeunes, et partant, l’intelligence d’un travail à la fois sensible à l’accessibilité pédagogique autant qu’à une réflexion artistique et historique incarnée dans un spectacle vivant, articulant sans heurt la trame théâtrale et les divertissements musicaux.

Parmi les interprétations des comédiens, on saluera la réserve presque orgueilleuse du Sostrate de Laurent Prévôt, dans une déclamation qui oubliera rapidement les quelques traces de raideur au début de la soirée. Marie Loisel imprime à Eriphile une fraîcheur sensible et sincère, quand sa mère, Aristione, se pare d’une sophistication bienveillante avec Mélanie Le Moine. Benoît Dallongeville et Maxime Costa rivalisent d’affectations en prétendants, Timoclès et Iphicrate. Quentin-Maya Boyé fait un astrologue madré. La troupe de chanteurs s’associe dans une belle complémentarité aux solistes de la compagnie de danse l’Eventail pour faire respirer les saveurs des séquences musicales, avec la complicité des pupitres du Concert Spirituel, sous la houlette de Hervé Niquet, défendant une partition qui n’a rien de secondaire, et enthousiaste jusque dans les saluts.

Gilles Charlassier

Les amants magnifiques, Molière/Lully, mise en scène : Vincent Tavernier, Opéra de Limoges,  mai 2019

©Thierry Laporte

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