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Schubert en boîte à images

Schubert en boîte à images

02 février 2018 | PAR Gilles Charlassier

En résidence à l’Opéra de Limoges pour trois ans, où il a déjà réalisé Peer Gynt la saison dernière avant une Butterfly qui s’annonce iconoclaste en mars prochain, le duo le lab formé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil ont imaginé Schubert box, un format inédit autour des Lieder de Schubert, aussi inventif que poétique.

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Quand Alain Mercier, le directeur de l’Opéra de Limoges, a proposé un compagnonnage avec Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, associés dans un duo nommé le lab, il cherchait à expérimenter de nouvelles formes dans le théâtre lyrique, et leur a commandé trois de ce qui a été catalogué comme « objets musicaux créatifs ». Si l’on peut apprécier l’originalité du Peer Gynt, dans le rapport entre texte, orchestre et scène, et celle de la prochaine Butterfly à l’aune de la dramaturgie, la Schubert box est sans doute la production où l’innovation formelle va le plus loin. Présentée d’abord au Musée de la porcelaine lors de la Nuit des musées en 2017, l’installation investit le plateau de l’Opéra de Limoges, où sont réunis cent vingt spectateurs, derrière le rideau de scène. Au-delà d’un passage par les coulisses que le public a rarement l’opportunité de faire, le concept cherche à aller au-delà du format naturel du concert de musique de chambre, et réussit une mise en images d’un répertoire difficile à traduire en scène sans en trahir le génie intimiste.
Dix lieder de Schubert, parmi les plus connus, ont été choisis, et réorchestrés par Bernard Cavanna pour violon, violoncelle et accordéon. Tandis que chacun des textes est exposé et illustré, par Julien Roques, de part et d’autre du public, avec les textes que l’on pourra lire avant ou après le spectacle (on a évité ainsi l’encombrement d’un dispositif de surtitrage), les musiciens sont installés dans une boîte dessinant des courbes parfois plus esthétiques qu’ergonomiques, à l’intérieur de laquelle défilent les vidéos dues à Jean-Baptiste Beïs, préférant à la banalité illustrative une imagination graphique et onirique.
Entourée par Elina Kuperman au violon, Julien Lazignac au violoncelle et Frédéric Langlais à l’accordéon, Eve Christophe déplie cet album poétique comme un voyage qui transforme l’hétérogénéité apparente du recueil. Les affects se succèdent comme en un kaléidoscope : la rêverie de Die junge Nonne (La Jeune nonne) fait place à Heidenröslein (Petite rose), à l’allure de comptine, avant la décantation évasive du Lied der Mignon, que l’on retrouve dans le Meeres Stille (Mer calme) après le ronronnement mélancolique de Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet).
Le Trio n°1 de Cavanna divise habilement le spectacle en deux parties, tandis que la soprano glisse progressivement derrière la boîte. On y retrouve le prolongement du travail sur les textures et les couleurs schubertiennes, comme un miroir ou un commentaire au texte. Entre une écriture rythmique millimétrique où se mêlent les harmoniques des trois instruments et une suspension de l’émotion et du temps, la partition retient l’oreille et n’a pas besoin du pastiche pour préserver la continuité dramatique. Les notes et les mots du compositeur romantique reviennent ainsi sans heurt, de An den Mond (A la lune) aux gazouillis de Im Frühling (Au printemps), en passant par la chevauchée nocturne de Erlkönig (Le roi des aulnes), la ballade du Taubenpost et la délicate Romanze.
Au-delà de ce renouvellement du récital, la Schubert box se déclinera aussi en application pour smartphone, avec un volet pédagogique et ludique, où l’utilisateur pour explorer l’univers du compositeur viennois, mais également créer sa propre compilation. Créativité artistique et nouvelles technologies savent parfois aller de pair.

Schubert box, Schubert, Cavanna, mise en scène : le lab (Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil) Opéra de Limoges, les 25 et 26 janvier 2017

©Thierry Laporte, ©Steve Barek

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Gilles Charlassier

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