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Cannes 2019, Quinzaine : « Une fille facile » qui bouscule les rapports de classe et de genre

Cannes 2019, Quinzaine : « Une fille facile » qui bouscule les rapports de classe et de genre

20 mai 2019 | PAR Adrien Naselli

Rebecca Zlotowski réussit, avec Une fille facile, un conte moral sur les rapports de pouvoir, d’argent et de classes sociales avec comme actrice principale la mannequin Zahia Dehar, connue pour avoir été escort-girl, et qui joue en quelque sorte son propre rôle.

« Comme dit Hitchcock, il vaut mieux partir d’un cliché que d’y arriver. » Rebecca Zlotowski a justifié avec brio le titre de son film, Une fille facile, lors de la séance de questions-réponses qui a suivi la projection, ce lundi 20 mai à Cannes. Et en effet Sofia (Zahia Dehar), qui gagne son argent comme escort-girl et revient voir sa petite cousine Naïma et sa tante à Cannes le temps d’un été, désarme tout le monde sur son passage par sa simplicité, son pouvoir et sa liberté, représentée par un tatouage « carpe diem » gravé au bas du dos.

« Ce film s’est sédimenté autour de la rencontre avec Zahia, et surtout avec sa voix, raconte Rebecca Zlotowski. Souvent, les mannequins sont privés de voix : je n’avais jamais entendu la sienne, ni celle de Kate Moss, par exemple. Mais en l’entendant parler sur son compte Instagram j’ai vu la prosodie d’un personnage de Rohmer. Je ne pouvais pas m’empêcher d’y voir beaucoup de séduction, de mystère, d’élégance, tout ce qui l’éloignait de cette image de télé-réalité. »

Naïma, de son côté, fille de femme de ménage qui travaille dans un hôtel de luxe, vient de fêter ses 16 ans et se demande ce qu’elle va faire de sa vie à la rentrée. Sa mère lui recommande de choisir des études, avec dans les yeux la lueur d’espoir que sa fille pourra prétendre à un métier moins difficile que le sien; mais Sofia, qui se fait entretenir par des hommes, ouvre à Naïma les portes d’un monde inconnu fait de riches qui possèdent des yachts et embauchent du personnel, de villas qui donnent sur la mer, et d’œuvres d’art.

Rapports de classes

La bande de Naïma et surtout son meilleur ami, Dodo, jeune gay qui a le courage de s’assumer dès l’adolescence et se rêve comédien, n’ont en tout cas pas l’intention de laisser s’éloigner la jeune fille et essaient de la rappeler à leur réalité faite de peu. De l’argent, ils n’en ont pas. D’horizons non plus : ils n’ont même pas franchi la frontière italienne, à quelques kilomètres de là.

« Je souhaitais poser des questions profondes avec simplicité, affirme Rebecca Zlotowski. Chacun doit prendre ce film comme une carte postale, un amour de vacances. » Et on peut dire que le pari est réussi. Mais derrière l’apparente simplicité, la réalisatrice nous offre une mise en scène pointue des rapports de classe et de genre, et on se demande : qui des riches qui s’exhibent à bord de leur bateaux, ou de Sofia qui gagne son argent, sont les plus « faciles » ? On retient d’ailleurs une scène jouissive dans laquelle une grande bourgeoise cultivée (Clotilde Courau), qui reçoit à dîner un homme dont Sofia est l’escort, se fait remettre à sa place en beauté.

Visuel : ©Julien Torres / Les Films Velvet

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