Opéra
Les Oiseaux, le sublime opéra de Walter Braunfels à l’Opéra national du Rhin

Les Oiseaux, le sublime opéra de Walter Braunfels à l’Opéra national du Rhin

24 janvier 2022 | PAR Margot Wallemme

Composé par Walter Braunfels en 1920, Les Oiseaux est une adaptation postromantique de la comédie antique d’Aristophane. L’Opéra national du Rhin accueille la première présentation en France de l’opéra dans une mise en scène signée Ted Huffman. On ne décroche pas un instant de cette œuvre grandiose.

Rossignol et hommes idéalistes

Le rideau se lève sur un décor esthétique dont les lignes géométriques fortes jouent avec la perspective. On s’immerge dans un open-space bien ordonné où rien ne dépasse. La lumière du jour évolue par de larges fenêtres percées. Les personnages bougent comme des automates, ancrés dans leur travail ennuyeux et leur vie réglée.

C’est le Rossignol qui nous accueille au royaume des Oiseaux d’un chant mélodieux merveilleusement donné par la soprane Marie-Eve Munger. On rencontre ensuite Fidèlami, interprété par Cody Quattlebaum, et Bonespoir, porté par la superbe voix de Tuomas Katajala. Ces deux hommes, désireux d’un bonheur qu’ils pensent trouver ailleurs, décident de quitter la ville pour le royaume des Oiseaux.

Les Oiseaux sont ici plutôt métaphoriques ; point de costumes en plumes ni d’ailes en papier. Ils représentent une autre communauté, des humains à l’habit coloré. Les frontières sont brouillées par la mise en scène qui mêle les deux mondes, qui métamorphose les personnages, pour qu’on se place dans un univers à imaginer.

Fidèlami s’en va trouver le roi des Oiseaux, la Huppe, et soumet son idée de construire une ville fortifiée entre ciel et terre. Une construction qui permettrait aux Oiseaux d’être maîtres de ces deux univers et de défier Zeus. Il réussit à les entraîner dans cette rébellion, pour la quête d’un bonheur et d’un pouvoir démesuré. Fidèlami se place en chef de cette utopie, mais c’est sans compter la colère de Zeus. Car l’essence d’une utopie repose bien sur son impossible réalisation.

Un deuxième acte mouvementé 

Si l’acte I suit de près le texte d’Aristophane, il s’en écarte nettement à l’acte II. Et cette deuxième partie, beaucoup plus libre, laisse place à la danse. Il s’ouvre sur un duo, ou plutôt un trio, avec Fidèlami, le Rossignol et un danseur à l’expression tourmentée. La danse entre dans la musique, elle s’ajoute magiquement aux sons et illustre d’un ton abstrait les chants romantiques des solistes.

Le décor métamorphosé en barricades est envahi par le chœur dont les vêtements signent la liberté d’une expression aux couleurs kitch. Le jeu des danseurs avec le papier, qui s’opérait déjà au début de la pièce, prend, avec le décor du deuxième acte, des dimensions gargantuesques. Les immenses boules qui forment ce décor signé Andrew Lieberman, ressemblent au papier, mais dans une version plastique, et participent au grandiose de l’opéra. 

L’envolée romantique du deuxième acte nous plonge dans une douce atmosphère. La musique mélancolique, mais lumineuse de Walter Braunfels s’inscrit dans la continuité de Wagner et de Strauss. L’orchestre, sous la baguette de Sora Elisabeth Lee, appuie et souligne les actions qui se déroulent sur la scène, sans jamais empiéter sur le chant des solistes. 

La chorégraphie des dialogues entre le chœur et les solistes est intéressante et reconstitue les trajectoires des volatiles dans le ciel ou sur terre. Les Oiseaux, pris de peur ou de rage se regroupent dans des mouvements de foule qui traversent la scène, se resserrent ou s’éloignent des deux hommes. Comme des pigeons qui accourent pour manger les graines que les humains leur jettent, les Oiseaux goûtent au rêve que leur donnent Fidèlami et la Huppe. Mais l’arrivée de Zeus fait s’évaporer la rêverie, et les Oiseaux, effrayés, se prosternent religieusement. 

Le décor se métamorphose alors sous nos yeux. C’est le retour à l’ordre, tout est balayé, retour des bureaux carrés, des couleurs accordées. Un assemblage technique, rapide et maîtrisé qui s’accorde à la musique. Par des mouvements wagnériens, on retrouve le phrasé du début. Les hommes rentrent à la ville, mais Bonespoir est différent. Il avait besoin de rêver, de croire en une utopie, pour revenir changé à la réalité.

Les Oiseaux par l’Opéra national du Rhin, c’est à Strasbourg jusqu’au 30 janvier et à Mulhouse les 20 et 22 février 2022. L’opéra sera aussi diffusé à partir du 10 février sur ARTE Concert, et à partir du 19 février sur France Musique.

Visuels : © Klara Beck  

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Margot Wallemme

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