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Le Voyage de Gulliver à l’Athénée – poétique et drôle

Le Voyage de Gulliver à l’Athénée – poétique et drôle

14 janvier 2022 | PAR Victoria Okada

Le duo Valérie Lesort et Christian Hecq a encore frappé ! Ils cuisinent Le Voyage de Gulliver de Jonathan Swift à leur sauce savoureuse, à la fois épaisse et légère. Les Lilliputiens en fameuses marionnettes hybrides, cela va de soi, mais on a aussi le droit à des musiques originales délibérément anachroniques. Le couple transforme le conte satirique du XVIIIe siècle en un spectacle à mi-chemin entre le théâtre et la comédie musicale, poétique et drôle, d’une modernité sidérante.

Ceux qui ont déjà assisté à des spectacles de Valérie Lesort et Christien Hecq — 20.000 lieues sous les mers (Vieux-Colombier), La Mouche (Bouffes du Nord), Le Domino Noir (Opéra Royal Wallonie-Liège, Opéra-Comique), Ercole amante (Opéra-Comique, Opéra royal de Versailles) ou encore Le bourgeois Gentilhomme (Comédie française) — en gardent des souvenirs jubilatoires. Les scènes sont toujours peuplées de petits êtres rigolos. Parmi eux, des créatures hybrides, faites d’une tête humaine et d’un corps de marionnette, sont en bonne place. Dans ses mises en scène en solo, Valérie Lesort explore davantage son univers d’esthéticienne-sculptrice. Ce fut notamment le cas avec Petite balade aux enfers (adaptation loufoque de l’opéra Orphée et Eurydice de Gluck). Il s’agit toujours de l’émerveillement d’enfant transporté tout droit sur la scène doublé d’une réflexion d’adulte sur la nature humaine. Et cela nous fascine, nous enchante, nous étonne et donne de la bonne humeur.

Cet enchantement, on le revit devant l’aventure de Gulliver. Des voyages imaginaires, au pluriel, d’un médecin chirurgien de la marine britannique, les metteurs en scène en font LE voyage, au singulier, en ne retenant que l’histoire la plus connue, celle sur l’île Lilliput. Tous les épisodes que nous avons connus dans notre enfance sont là, condensés. Fruits des idées originales et intarissables, ces épisodes se déroulent sur un théâtre noir qui permet d’introduire beaucoup de fantaisies : le vol d’oiseaux, les plumes à la manière de Moulin Rouge et tous les accessoires amusants, les mouvements cocasses des marionnettes… Les décors forcément miniatures, construits avec beaucoup de soin, qui sont d’ailleurs très colorés, tout comme les costumes des petits hommes, peuvent rivaliser avec ceux de théâtres ou d’opéras les plus prestigieux… Les éléments visuels procurent donc autant de joie pour les yeux.
Les musiques pop, rock ou slow sur des « plateaux » dignes d’émission de télé, en somme délirantes pour exprimer à fond les sentiments des Lilliputiens, représentent également l’un des points forts.

Quand au procédé d’arrêt sur action, qui intervient à la fin de chaque « séquence », il est terriblement efficace. En effet, Gulliver fait un geste de main et suspend des conversations (parfois des disputes) entre les Lilliputiens, pour reprendre le texte de Swift — un peu à la manière de l’air qui fait suspendre le récitatif dans l’opéra. Le procédé est efficace, avons-nous dit. Pourquoi ? Parce que l’aspect volontairement burlesque des personnages de marionnette, qui parlent avec des vocabulaires d’aujourd’hui et un accent parisien, est contrebalancé par le sérieux de Gulliver qui dit le texte au passé simple, avec une diction de théâtre « classique ». Efficace aussi parce que cela impose un contraste et un bon rythme entre léger et grave, coupant la bouffonnerie au bon moment avant que cela alourdisse les propos.

Après des péripéties invraisemblables, Gulliver reprend enfin sa chaloupe pour rentrer dans son pays, mais une autre aventure l’attend… C’est avec ce suspens que « le » voyage se termine, laissant chacun libre d’imaginer la suite !

Sans jamais trahir l’attente de la salle, le duo Lesort-Hecq triomphe à l’issue de la soirée de la première, avec tous les artistes sur scène et dans les coulisses. Cela présage de grands succès pour toutes les autres représentations.

Représentation du 11 janvier.
Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 28 janvier.

En tournée en France et en Suisse jusqu’au 25 mai :
18 au 19 février : Equilibre et Nuithonie, Fribourg, Suisse
23 au 26 février : Théâtre National de Nice
2 au 6 mars : Théâtre de Caen
10 et 11 mars : La Comète – Scène Nationale de Châlons-en-Champagne
15 mars : Théâtre Edwige Feuillères, Vesoul
18 mars : Ma Scène Nationale, Théâtre de Montbéliard
22 et 23 mars : Le Tangram, Scène Nationale Evreux – Louviers
26 et 27 mars : Théâtre de Saint-Maur
30 et 31 mars : La Maison – Maison de la Culture de Nevers Agglomération
12 et 13 avril : Théâtre de Sartrouville
19 et 20 avril : La Ferme du Buisson, Scène Nationale
30 avril : Le Carré Sainte-Maxime
3 mai : La Colonne, Miramas
6 et 7 mai : Théâtre de Grasse
12 et 13 mai Espace Jean Legendre, Compiègne
du 17 au 19 mai La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle
24 et 25 mai Théâtre des 2 Rives, Charenton Le Pont

photos © Fabrice Robin

« Misère de l’homme sans Dieu » sous la direction de Caroline Julliot et Agathe Novak-Lechevalier : Michel Houellebecq et la question de la foi
Disparition du réalisateur Jean-Jacques Beineix
Victoria Okada

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