Essais
« Misère de l’homme sans Dieu » sous la direction de Caroline Julliot et Agathe Novak-Lechevalier : Michel Houellebecq et la question de la foi

« Misère de l’homme sans Dieu » sous la direction de Caroline Julliot et Agathe Novak-Lechevalier : Michel Houellebecq et la question de la foi

14 janvier 2022 | PAR Julien Coquet

A l’occasion de la parution d’Anéantir, Flammarion publie un essai inédit sur le rapport de Michel Houellebecq aux questions religieuses.

Michel Houellebecq a toujours entretenu une étrange relation avec le fait religieux. L’essai revient d’ailleurs sur la question qui irrigue les débats autour de l’auteur français : les propos qu’il tient doivent-ils être pris pour argent comptant ? Les questions religieuses abordées dans ses livres ne sont-elles qu’une retranscription de ce que pense l’auteur ? Car Houellebecq choque, et notamment sur l’islam, lorsqu’il déclare à Lire pour la parution de Plateforme : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré ! » Alors Houellebecq, simple provocateur ?

Le mérite de Misère de l’homme sans Dieu revient à interroger le regard de l’écrivain sur toutes les religions, et non seulement sur l’islam (même si la plus grande partie de l’essai revient longuement sur Soumission, que les auteurs réhabilitent après les polémiques). Dès Extension du domaine de la lutte, Houellebecq fait d’un prêtre un personnage important de son roman, mais il y a aussi les terroristes islamistes de Plateforme, le mouvement raëlien de La Possibilité d’une île ou la Vierge noire de Rocamadour que le narrateur de Soumission regarde sans aucune émotion. Ingénieur agronome de formation, Houellebecq se revendique avant tout de la philosophie d’Auguste Comte, le positivisme (il a d’ailleurs préfacé la réédition de la Théorie générale de la religion). Le premier essai, « La religion positiviste », signé Jérôme Grévy, livre d’ailleurs une bonne explication de ce que fut cette philosophie, tout en démontrant comment elle irrigue l’œuvre de Houellebecq, et notamment Les Particules élémentaires.

La religion est bien souvent perçue comme un ciment, un socle permettant de relier les hommes entre eux et de faire société. On apprend d’ailleurs que Houellebecq, pour Soumission, avait d’ailleurs pensé au catholicisme avant de se rétracter et de préférer l’islam, comme si cette dernière était plus à même de rassembler face à un catholicisme en bout de course. Le développement de l’individualisme dans nos sociétés modernes conduit les protagonistes à une perte de sens et de valeurs : les religions proposent des systèmes rassurants. Il s’agit d’interroger « la possibilité de faire sens d’un monde en crise » (Peter Frei).

La quinzaine d’auteurs isole quelques phrases et certains vers pour mieux mettre en lumière le rapport de Houellebecq au religieux. L’amour se présente d’ailleurs comme une forme de religion. Et si Houellebecq a été tant bouleversé par la lecture de Pascal, c’est qu’il est profondément touché par les questions religieuses, sans pour autant être croyant.

« Or dans une société libérale, une vie plus pleine c’est nécessairement une vie plus vide de soi. Le désir de conversion est un désir d’incorporation à une communauté, son horizon est la désindividuation. Dans Les Particules élémentaires, le baptême est ainsi présenté comme une modalité possible d’émancipation hors de la solitude de la condition individuelle, un moyen de nouer une communion matrice de la communauté. Les descriptions de messe et d’offices religieux catholiques ou protestants sont fréquentes dans les romans de Houellebecq. Les personnages sont saisis par la beauté des rites et interrogés, voire bouleversés, par leur symbolique. Mais au-delà de l’estime voire du désir explicite de conversion, cela ne prend pas. »

Notons également la parution en poche du livre d’Agathe Novak-Lechevalier, toujours consacré à l’auteur français : Houellebecq, l’art de la consolation

Misère de l’homme sans Dieu. Michel Houellebecq et la question de la foi, Sous la direction de Caroline Julliot et Agathe Novak-Lechevalier, Flammarion, Champs essais, 384 pages, 14 €

Visuel : Couverture du livre

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