Opéra
La Périchole haute en couleur à l’Opéra-Comique

La Périchole haute en couleur à l’Opéra-Comique

19 mai 2022 | PAR Victoria Okada

Jusqu’au 25 mai, Opéra-Comique présente une nouvelle production de La Périchole d’Offenbach. La scène est très colorée, le plateau vocal l’est aussi. L’irrésistible Stéphanie d’Oustrac interprète le rôle-titre.

Le brio scénique de Valérie Lesort

Voir le nom de Valérie Lesort dans la mise en scène, c’est désormais le gage d’un spectacle joyeux et espiègle. Et elle ne trahit pas notre attente. Cette production est emplie de gaieté, avec, comme toujours chez Lesort, un effet de surprise enfantin, cette fois encore avec des marionnettes-perruches (Carole Allemand). Nous y avons droit notamment dans l’acte I (apparition du vice-roi) et au début de l’acte III (scène de cachot) lorsque les lamas nous font rire ou nous attendrissent. Valérie Lesort joue à fond, et dès le début, la carte de l’espagnolade imaginaire avec les trois cousines, et ceci sans tomber ni dans les clichés ni dans la vulgarité. Elle sait doser des éléments et met tout impeccablement en place. Même les intonations dans le parlé de chaque personnage sont en phase avec leurs mouvements ! Elle signe ainsi avec brio une nouvelle mise scène vivifiante et entraînante.

Un véritable festival de couleurs et de formes

Les costumes dessinés par Vanessa Sannino, complice de la metteuse en scène dans les spectacles déjà hautement appréciés (Domino noir et Ercole Amante à l’Opéra-Comique, Le Bourgeois gentilhomme à la Comédie Française), constituent un véritable festival de couleurs et de formes. Le contraste avec la scène de la cour de l’acte II, avec ses costumes géométriques plus ou moins futuristes, et le reste du spectacle est saisissant. Elle prend une grande liberté avec les codes vestimentaires historiques et régionaux (trois cousines, costume d’apparat du vice-roi, les gens du peuple…), et ce, dans les décors pittoresques (et faussement sombres de la prison) d’Audrey Vuong sous les lumières fraîches de Christian Pinaud. Les danseurs apportent un vrai en plus dans cette joyeuserie tragi-comique, la chorégraphie de Yohann Têté étant parfaitement intégrée dans l’ensemble.

La maestria orchestrale et les chanteurs aguerris

 

Dans la fosse, Julien Leroy dirige avec, à la fois, conviction et légèreté, un Orchestre de chambre de Paris en pleine forme. Sa baguette est incontestablement celle d’un grand chef tant il maîtrise la dramaturgie de la partition à chaque moment. Une telle maestria est un soutien précieux pour le plateau composé de nombreux chanteurs aguerris dans ce répertoire.
Parmi eux, Stéphanie d’Oustrac (La Périchole), Philippe Talbot (Paquillo) et Tassis Christoyannis (le Vice-Roi), trois habitués de la salle Favart, forment un trio émouvant, drôle et touchant. Le timbre intense et chaud de la cantatrice — récemment distinguée dans le rôle de Carmen à Tokyo, Strasbourg, Mulhouse et Bruxelles et de Mignon à Liège —, convient à merveille à La Périchole, une femme d’un caractère aussi fort que ses précédentes héroïnes. À ses côtés, Philippe Talbot déploie une émission solaire et lumineuse, tout en jouant un homme quelque peu enfantin dans les comportements. Quant à Tassis Christoyannis, il ne cesse de surprendre : le vice-roi, ce personnage attachant, est servi par sa merveilleuse couleur vocale qu’il a déjà largement mise en avant dans les mélodies françaises (Godard, Gounod, Lalo, David, Hahn et bientôt Franck). Il explore ici l’aspect comique avec cette finesse qui lui est propre.

Les poids lourds et les voix fraîches

Autour de ce trio, des poids lourds — Éric Huchet (Don Mighel), Lionel Peintre (Don Pedro) Marie Lenormand (Berginella et Frasquinella) — font montre de leurs savoir-faire inimitables en guise de leçons de fabrication de rôles. Ils sont entourés des voix fraîches de jeunes chanteurs : Lucie Peyramaure (Mastrilla et Brambilla), Julie Goussot (Guadalena et Manuelita), Thomas Morris (premier notaire, Tarapote et le vieux prisonnier), Quentin Desgeorges (deuxième notaire). Malgré son rôle éphémère, ce dernier l’assume noblement et suscite une grande admiration. Thomas Morris explore, non seulement en tant que chanteur, mais en tant qu’acteur, son talent comique de l’acte III en vieillard semblable à l’abbé Falia du Conte de Monte-Christo. Le chœur Les Éléments complète, avec sa qualité connue et reconnue, ce plateau fort en caractères.

Cette Périchole balaie la morosité de ces deux dernières années et permet de terminer sereinement la saison. Ainsi, l’on peut passer l’été qui s’approche avec une folle  joie dans le cœur !

 

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