Théâtre

Valérie Lesort et Christian Hecq réussissent leur téléportation aux Bouffes du Nord

Valérie Lesort et Christian Hecq réussissent leur téléportation aux Bouffes du Nord

12 janvier 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Ils se sont inspirés de La Mouche de Cronenberg, ils ont écrit une pièce-spectacle fantastique. Quatre ans après 20000 lieues sous les mers, Valérie Lesort et Christian Hecq montent La Mouche aux Bouffes du Nord. Le résultat est drôle tendre, émouvant. Et formidable.

Très librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, elle même adaptée en son temps par le film éponyme à succès de Cronenberg  et dans un clin d’oeil à l’épisode « La soucoupe et le perroquet » de l’émission Strip-tease, la Mouche imaginée par le couple Valérie Lesort et Christian Hecq crée un nouvel univers, propose une nouvelle lecture. 

Imaginez une mère et son fils dans un pays lointain au fin fond de la campagne française. Pauvres il vivent dans une roulotte et une cabane de chantier posées là sur un petit terrain privatif. Au centre un mini jardin tristement égayé par trois nains de jardin. On cultive le radis et on élève des lapins. Nous sommes chez les rustres dans les années 60. Une joie de vivre toutefois transparaît, vengeance des petites gens joyeusement résignées au milieu des empêchements. La mère vaque au quotidien tandis que le fils sans âge, dégarni et bedonnant,  passe le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre-garage où il tente de mettre au point la machine à téléporter. Christian Hecq est le fils, Robert; le comédien français est alternativement hilarant et bouleversant. Un rideau métallique ferraille en se refermant régulièrement sur ses moments de recherche studieuse. Chez Cronenberg, le savant fou était sexy et sombre, chez les Lesort-Hecq, il est immature timide, clownesque et attachant. L’histoire de cet homme solitaire apprenti sorcier victime de sa création se double du récit émouvant d’un fils unique d’une mère qui l’adore mais le vampirise. Robert va réussir à se téléporter. Mais une mouche s’est glissée dans la machine et il se transformera en un insecte géant. Il va se déshumaniser peu à peu pour devenir une bête capable de grimper au mur.

L’équipe a prouvé avec 20 000 lieues sous les mers (Au vieux Colombier de la Comédie Française en 2015) leur talent en théâtre de l’objet et leur maîtrise des scénographies à machineries. Avec La mouche, ils ajoutent aujourd’hui l’art du récit et celui du conte. La relation mère-fils chemine en tension; le rôle central de l’inspecteur -sera-t-il la prochaine victime ou le futur narrateur- est respecté. 

Dans l’aventure, Valérie Lesort et Christian Hecq sont secondés par une équipe technique de talent et par deux acteurs formidables, Christine Murillo, la mère et Stephan Wojtowicz, l’inspecteur. Et si dans cette magie scénique Christian Hecq s’oblige parfois  pour notre bonheur à faire le clown-Hecq, le texte suffit. L’oeuvre est littéraire.

 

 

La mouche

Aux Bouffes du Nord 

1h30

Du 8 jan au 1er fév 2020

Du mardi au samedi à 20h30
Matinées les samedis à 15h30

Lien de réservation 

Droits Photos ©Fabrice Robin

Boltanski convoque son armée des ombres dans sa « Fosse » au Centre Pompidou
Une playlist au milieu du gué
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *