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« DJ Set (Sur) écoute » de Mathieu Bauer : Des sons et des pensées

« DJ Set (Sur) écoute » de Mathieu Bauer : Des sons et des pensées

09 octobre 2020 | PAR Eliaz Ait Seddik

« DJ Set (Sur) écoute » de Mathieu Bauer, au Théâtre 14, poursuit et approfondit l’obsession du metteur en scène pour la musique, déjà visible dans son « The Haunting Melody »

Dj Set sur écoutte

D’emblée le titre interroge. On ne va tout de même pas assister à un véritable DJ Set au théâtre 14, de la part de Mathieu Bauer, lui-même directeur du Nouveau théâtre de Montreuil. On ne sait pas à quoi s’attendre et on ne s’attend certainement pas à « ça » : une cacophonie sans ordre ni loi, un objet hybride entre véritable DJ Set, concert, conférence et théâtre de vaudeville. 

De fait, Mathieu Bauer n’a pas peur de mélanger, pas peur du choc produit par la rencontre entre deux éléments, deux milieux radicalement opposés. Ainsi, il fait se côtoyer sur scène les allures de rock star gesticulante et un peu démodée de l’acteur principal Matthias Girbig et les airs propre sur elle de l’actrice-conférencière Georgia Stahl,  dialoguer musique « savante » et « populaire », fait chanter du Dalida et du Kate Bush par une chanteuse lyrique (Pauline Sikirdji), remixe un lieder de Maher avec des bruits de nature, fait lire des textes d’Adorno en allemand, par Georgia Stahl, accompagnée de guitare (Sylvain Cartigny) et de batterie (Mathieu Bauer, lui-même), etc… Il se permet toutes les audaces et ça paye! 

A travers toute cette folle liberté, Bauer semble vouloir approcher la forme même de la musique,  cette manière dont les  morceaux les plus accrocheurs semblent faire fi de toutes nos barrières mentales pour hanter nos esprits librement. Malgré, le chaos apparent, le fil conducteur reste alors toujours le même « essayer de faire entendre…écouter »

Chercher à faire entendre

C’est dans cette nuance que se fait comprendre le « (sur) écoute » du titre et l’objectif central de ce spectacle. Nous faire tendre l’oreille, s’interroger sur ces sons agréables ou dissonants que nous nous sommes tant habituer à entendre, dans une réception passive, qu’il nous arrive, parfois, d’en oublier de les écouter. De cette manière, en alternant les lectures de textes théoriques et les reprises de morceaux iconiques, l’artiste crée une conversation qui ne peut que nous ouvrir plus grand les tympans, nous faire devenir auditeurs actifs. 

Une autre question centrale, qui hante Bauer : peut-il exister une écoute commune? Ou sommes nous « condamnés » à une écoute subjective et solitaire que nous nous pourrions jamais tout à fait partager? Cette frustration au cœur même de tous les mélomanes est  mise en scène, lorsque Matthias Girbig s’anime sur scène, comme possédé, sur une playlist de tubes pop de « Toxic » de Britney Spears à « Despacito », tandis que Pauline Sikirdji se bouche les oreilles, la mine crispée, souffrante. Ne pourra-t-on jamais réconcilier nos écoutes fragmentaires, limitées? 

Malgré tout, le metteur en scène-chef d’orchestre offre une perspective utopiste dans des moments de grâce comme les performances survoltés de « Paroles, paroles » de Dalida ou « Wuthering Heights » de Kate Bush, par l’ensemble des comédiens sur scène. Ces instants précieux témoignent ainsi de ce sens de communauté que la musique peut créer, cette forme de lien invisible que le son peut former entre des multiples corps connus ou inconnus dans une salle de concert, lien d’autant plus précieux vu sa fragilité actuelle. Ainsi, dans un de ses beaux moments de spontanéités qu’on peut parfois trouver dans le spectacle vivant, qui porte ici bien son nom, pendant leur performance du tube de Kate Bush, la salle entière décida d’un commun accord d’applaudir en rythme. On peut même imaginer que dans un contexte différent, loin des contraintes sanitaires actuelles, les spectateurs auraient quittés leurs sièges pour danser le même rythme effréné que les acteurs sur scène. Tout ça, n’est qu’un doux rêve, mais en une période parfois si silencieuse et contraignante, la partition libre jouée par Mathieu Bauer et sa troupe, sonne des plus justes. 

DJ Set (Sur) écoute 

Conception et mise en scène : Mathieu Bauer

Avec : Matthias Girbig, Pauline Sikirdji, Georgia Stahl, Mathieu Bauer et Sylvain Cartigny. 

Du 6 octobre au 18 octobre (relâche les 9, 12 et 17 octobre) au Théâtre 14. 

Mardi, mercredi, vendredi : 20h.

Jeudi : 19h. 

Samedi et dimanche : 16h. 

Visuel : ©Jean-Louis Fernandez 

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Eliaz Ait Seddik

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