Théâtre
« The haunting melody » : regardez-les écouter

« The haunting melody » : regardez-les écouter

23 janvier 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Au Nouveau Théâtre de Montreuil, Mathieu Bauer nous convie à un spectacle sur le son. Dans un studio d’enregistrement, des figures enjouées cherchent à donner un sens au(x) bruit(s) de leur vie. Une création où les chansons les plus pop se mêlent à la philosophie d’Adorno et Peter Szendy. Et où le théâtre sait donner du corps au son, grâce à des scènes burlesques et prenantes.

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The haunting melodyUn comédien qu’on adore, Thomas Blanchard, nous accueille au sein du studio dont il est le technicien. Son naturel virevoltant nous accroche tout de suite. Il nous prévient : nous allons assister à l’enregistrement d’une bande sonore. Celle d’un film d’horreur. L’opération est en cours depuis un moment, et tout reste laborieux. Il y a là une actrice minée par une mélodie qui trotte en elle, qu’elle n’identifie pas ; son partenaire, pour lequel toute chanson pop s’apparente aux souvenirs de séductions passées ; une chanteuse lyrique, que plusieurs convoitent ; un compositeur et un réalisateur (Mathieu Bauer lui-même).

On ne la verra que peu travailler, cette équipe. C’est qu’elle s’égare. Elle digresse. Il sera beaucoup question de ce que les chansons nous font. Une fois qu’elles se sont introduites en nous, bien sûr. De nombreux titres et mélodies vont donc rôder sur le plateau. Et la philosophie s’invitera, également. Car le texte du spectacle s’inspire notamment du musicologue Peter Szendy, ou de Roland Barthes.

Mais tout n’est pas à comprendre. Car outre les paroles, la présence physique des interprètes joue un rôle. Et tous déploient leur énergie en des scènes qui atteignent au burlesque. L’enregistrement des dialogues se fait à renfort de jeu muet, de décalage ou de reprises à répétition. Vers la fin, d’autres scènes, chantées a capella, émeuvent. Et des passages tantôt silencieux, tantôt musicaux, avec des influences jazz, font pendant à ces scènes de théâtre. Histoire de nous faire entendre le son de plusieurs manières.

On aurait aimé que certaines scènes dérapent encore plus, qu’elles nous tétanisent, à la façon de Christoph Marthaler, auquel on pense souvent. Afin que le contraste soit creusé. D’autre part, chacun doit piocher ce qui l’intéresse, au sein des matériaux philosophiques. Mais de façon globale, on voit l’écoute s’incarner. Devenir théâtre quelques instants, puis de nouveau notion sensible. Et on se laisse aller à ressentir. A essayer de voir ce que c’est qu’écouter. A réfléchir, ou à éprouver la « sensualité » du son. Et pourquoi pas, à se la représenter ?

The haunting melody, un spectacle de Mathieu Bauer. Avec Mathieu Bauer, Thomas Blanchard, Matthias Girbig, Kate Strong, Pauline Sikirdji (chant lyrique), Sylvain Cartigny (musique). Dramaturgie : Thomas Pondevie. Scénographie et costumes : Chantal de la Coste. Son : Dominique Bataille. Lumière : Stan Valette. Vidéo : Stéphane Lavoix. Collab. info. musicale Ircam : Grégory Beller. Durée : 1h50. Au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 14 février.

Visuel : D.R. / Nouveau Théâtre de Montreuil

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