Danse
Distances de Ashley Chen interpelle sur la place de l’Autre, dans des danses frénétiques

Distances de Ashley Chen interpelle sur la place de l’Autre, dans des danses frénétiques

22 mars 2021 | PAR Laura Rousseau

Après les pièces Unisson et Rush, Ashley Chen présentait vendredi dernier à l’Atelier de Paris, le dernier volet d’un triptyque chorégraphié lors d’une représentation accessible seulement aux professionnels.

Après avoir dansé à la Merce Cunningham Dance Company à New York, et au Ballet de l’Opéra de Lyon, Ashley Chen fonde Kashyl, sa propre compagnie en Normandie en 2012. Son ambition est de fonder des pièces insolites, expérimentales autour de narrations abstraites.

Bien que l’intitulé pourrait nous induire en erreur, la pièce Distances n’est pas à propos de la distanciation physique, du confinement ou d’autres restrictions sanitaires à voir avec le Covid-19. Crée le 5 janvier 2021 à Le Rive Gauche, scène conventionnée de Saint-Étienne-du-Rouvray, cette pièce met à l’épreuve l’individualité de chacun. Composée pour dix danseuses, elle se penche sur les rapports inter-individuels en société, en posant les questions de la proximité, de l’intrusion, de la violation, du personnel et du collectif.

Les corps font être(s)

Les danseuses (Alexandra Damasse, Olga Dukhovnaya, Peggy Grelat-Dupont, Mai Ishiwata, Catherine Legrand, Haruka Miyamoto, Andrea Moufounda, Marlène Saldana, Asha Thomas, Solène Watcher et en alternance Pauline Colemard, et Flora Pilet) réalisent des gestes mécaniques d’une manière effrénée. L’une fait mine de lacer ses chaussures à répétition, une autre lance une balle en l’air, et encore une autre assène le vide de coups. Le corps et les bras sont généreux, ils sont mis à l’honneur, tandis que le visage est caché. Des foulards bleus, créés et personnalisés par Marion Regnier, entourent leur visage et masquent leur individualité. Entre esthétisme et contrainte pour les danseuses qui peinent parfois à respirer, ces foulards dessinent des visages éteints, sans expression, tel des statues de cire. A partir de ce procédé elles n’incarnent pas dans leur danse un personnage mais plusieurs, elles se métamorphosent continuellement.

A travers une performance hypnotique, les relations se composent et se décomposent entre les danseuses. Elles s’harmonisent et se déchirent mutuellement la seconde d’après. Elles se battent, se supplient, s’affectionnent et se détestent. Leur danse est inarrêtable parfois violente, et joue le jeu d’un éternel recommencement. C’est impressionnant ! L’espace est entièrement utilisé et se transforme, une fois public, une fois intime et personnel. Comment vivre avec l’Autre ? Quelle est sa place dans la vie de chacun ? Comment garder son individualité dans le collectif ? La collision est inévitable, les corps s’entrechoquent et c’est le chaos, jusqu’à la prochaine trêve.

Et tout ça en chanson !

Ce chaos et ces trêves répétés sont magnifiquement soulignés par la sonorisation et la musique dirigée par Pierre Le Bourgeois et à sa formation, Animaux Vivants. Parfois, ce sont des moments de débâcle qui s’accentuent au son des voix des danseuses, ou des bruits de guerre, manifestant le désordre et le tumulte naissant. De véritables moments de fête s’incarnent dans des danseuses en symbiose. Elles nous enchantent, particulièrement lorsqu’elles chantent Islands in the stream « We can ride it together ah-ha // Making love with each other, ah-ha ». Une unité se produit en chanson avec toute la salle, et la pièce résonne avec l’expérience personnelle et universelle.

Visuel : © OryMinie

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