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Les voyages franco-indonésiens d’Emmanuel Lemaire

Les voyages franco-indonésiens d’Emmanuel Lemaire

22 mars 2021 | PAR Laetitia Larralde

Après nous avoir fait visiter Rouen et Rotterdam dans ses précédents albums, Emmanuel Lemaire continue ses explorations entre tourisme et autobiographie avec Ma voisine est indonésienne.

Dans l’immeuble d’Emmanuel Lemaire vit un personnage intrigant et mystérieux. Traductrice la semaine et voyageuse le weekend, celle qu’il surnomme Madame Hibou ne cesse de le surprendre. Et grâce à elle, il va découvrir l’Indonésie, pays d’origine de sa voisine, et redécouvrir la France, sans vraiment bouger de chez lui.

Madame Hibou n’est pas une réfugiée politique ou climatique, elle n’a pas fui son pays : elle est une immigrante volontaire, qui a choisi la France par amour du pays et de sa littérature. Si l’on apprend que son adaptation a connu quelques heurts, ceux-ci tiennent principalement des problèmes liés à la construction de nouveaux repères dans un pays étranger ou à quelques piques de racisme ordinaire, comme l’amalgame entre asiatiques et chinois. Mais Madame Hibou a su se créer une vie qui combine la fierté de ses origines et la vie à la française.

Ses excursions du week-end, souvent déterminées par un lien à l’Indonésie ou à l’une de ses lectures, la mènent au bout des lignes de train ou de bus, dans des villes telles que Niort ou Charleville-Mézières, auxquelles on ne penserait pas immédiatement comme destinations touristiques. Avec Houellebecq, Hugo ou Stendhal comme guides de voyages, elle fait correspondre une réalité avec ses images forgées dans les fictions. Et ainsi, elle nous donne de furieuses envies d’évasions aléatoires, à la liberté incomparable. À travers les yeux d’une personne extérieure pour qui les meules de foin posées dans les champs sont mystérieuses, notre regard sur la France retrouve une certaine fraîcheur de la nouveauté.

Le sujet est ici à parts égales le quotidien de l’auteur et sa voisine, la France et l’Indonésie. Les anecdotes s’enchaînent, avec plus ou moins de clarté, de la rencontre au confinement lié à la Covid, jusqu’à la naissance de l’idée d’en faire une bande dessinée. Emmanuel Lemaire s’amuse de sa méconnaissance de sa voisine et échafaude des scénarios dignes d’une série télé pour s’expliquer tous ses voyages et sa tendance à la disparition subite. Les deux personnages ont une façon d’aborder leur vie différente : quand l’auteur cherche à transformer sa vie en roman, sa voisine transforme la littérature en souvenirs bien réels.

Le dessin d’Emmanuel Lemaire est nerveux et d’une précision architecturale. Ses dessins de villes donnent lieu à de très belles cases où le trait vibre sur les façades des immeubles ou les toits de la ville. Malheureusement, la mise en page semble mal maîtrisée, changeante et trop rigide, comme si l’auteur expérimentait au fil de l’album, ne mettant pas vraiment son dessin en valeur. Reste un album agréable à lire autour d’un personnage attachant, qu’on aimerait suivre dans ses voyages.

Ma voisine est indonésienne, d’Emmanuel Lemaire
128 pages, 14,95€, Delcourt

Visuel : ©Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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