Danse
Roméo et Juliette, la mise en formes de Jean-Christophe Maillot à Monaco

Roméo et Juliette, la mise en formes de Jean-Christophe Maillot à Monaco

24 décembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si en France, l’accès à la culture est banni, cela ne vaut pas partout en Europe. À l’instar de l’Irlande ou du Portugal, à Monaco, le ballet de Monte-Carlo peut se produire dans le plus strict respect des règles sanitaires. Le célèbre chorégraphe fête cette année ses 60 ans, l’occasion de voir ou revoir ses pièces majeures.

Puisque c’est autorisé

Évidemment, les françaises Cannes ou Nice savent que là, à une heure de train, il est possible de franchir les portes d’un opéra. Ce mercredi 23 décembre à 16h, horaire avancé pour cause de confinement, et finalement horaire béni au regard de tout le public venu en famille – et notamment avec des enfants petits – se tenait la reprise de cette pièce de répertoire, Roméo et Juliette. Un monument bien sûr. Tout le monde connait. Ne serait-ce que de noms ces jeunes amoureux mythiques. La musique de Prokofiev, et particulièrement la puissante et prophétique « Danse des chevaliers », est sans cesse fredonnée, y compris dans des publicités !

Monument pour l’histoire de la danse

Mais, cela va plus loin, et concerne peut-être un peu plus les drogués de danse. La partition chorégraphique de Maillot, aidée par la scénographie magnifique de Ernest Pignon-Ernest est un monument néo-classique. Nous sommes en 1996. Il faut se situer. Les stars sont Bejart, Cunningham, Bausch… La révolution double, celle de la danse-théâtre et du culte de la ligne a eu lieu et bat son plein. Lucinda Childs a déjà imposé sa boucle dans Einstein on the beach. Maillot est baigné dans ce bel environnement quand il écrit « ça ». Lui, qui a tant chorégraphié, n’a jamais éteint sa curiosité et semble être imbibé de l’ère du temps quand il pense son écriture.

Culte de la ligne jusqu’au bout des doigts

Le ballet joue la carte de l’épure. Les décors sont des aplats géométriques blancs qui bougent en fonction de la scène. Pas de balcon, pas de poison, pas de tutus non plus, et aussi très peu de pointes ! Les superbes costumes sont souvent, pour les filles, de longues robes fluides. L’histoire est concentrée, car oui, tout le monde sait qu’elle finit mal. Maillot la concentre sur les femmes : Juliette, (gracile Anna Blackwell), sa nourrice (hilarante Gaëlle Riou) et sa mère (puissante April Ball). Elles mènent le jeu ; c’est évident ! Pourtant, les garçons sont bien présents. Les scènes de fêtes et de bagarres leur permettent de déployer toutes les combinaisons possibles : pas de deux, trio, portés et sauts. Roméo et Juliette c’est une histoire de passion adolescente qui n’aurait pas dû finir comme ça.

L’idée un peu dingue d’une voix off dansée

Certes, écrit comme cela, cela va vous sembler bizarre. Pourtant, comment nommer Frère Laurent, dansé jusqu’au bout des côtes par Alexis Oliveira ? C’est son corps qui raconte depuis la fin jusqu’à la vraie fin. C’est lui qui voulait réconcilier les Montaigu et les Capulet. Il observe et intervient entre deux, comme un fantôme qui sait, qui a déjà vécu la scène.

Danser et se battre

Ces danseurs qui cultivent l’art de la diagonale, qui ne nous regardent jamais et qui parfois même se figent comme si ils étaient un arrêt sur image ont toute l’amplitude pour déployer une danse où les bras sont plus souvent plus raides que ronds et les pieds bien ancrés au sol. La scène de bal est un chef oeuvre, sur le fond et la forme, c’est d’une élégance folle et, au jeu des violons et tambours, le Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé avec passion par Igor Dronov, peut être, à cet instant là, tout en force et en finesse.

Malheureusement, compte tenu de la jauge du moment, la dernière représentation affiche « complet ». Mais il reste de la place pour Lac, toujours de Jean-Christophe Maillot…

DISTRIBUTION
Juliette : Anna BLACKWELL
Roméo : Simone TRIBUNA
Frère Laurent : Alexis OLIVEIRA
Les deux Acolytes : Cristian OLIVERI, Christian TWORZYANSKI
Lady Capulet : April BALL
La nourrice : Gaëlle RIOU
Tybalt : Jaeyong AN
Mercutio : Daniele DELVECCHIO
Benvolio : Michaël GRÜNECKER
Pâris : Lennart RADTKE
Rosaline : Candela EBBESEN

Les Montaigu :
Ksenia ABBAZOVA – Lou BEYNE – Anissa BRULEY
Elena MARZANO – Lydia WELLINGTON – Koen HAVENITH
Adam REIST – Alexandre JOAQUIM – Roger NEVES

Les Capulet :
Juliette KLEIN – Chelsea ADOMAITIS – Taisha BARTONROWLEDGE
– Hannah WILCOX – Alessio SCOGNAMIGLIO
Francesco MARIOTTINI – Zino MERCKX – Jaat BENOOT

Visuel : © Alice Blangero

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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