Danse

Valentine Colasante, élégante Juliette à l’Opéra Bastille

29 juin 2021 | PAR Gilles Charlassier

La reprise du Roméo et Juliette de Noureev à l’Opéra Bastille permet d’apprécier, lundi 28 juin, la souplesse et l’élégance expressive de Valentine Colasante en Juliette, face au Roméo frémissant d’un soliste invité pour la première fois par le Ballet de l’Opéra national de Paris, Osiel Gouneo.

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C’est avec un grand classique du répertoire du Ballet de l’Opéra national de Paris, que la saison chorégraphique, malmenée par la crise sanitaire, retrouve son public. Réglé en 1984 par Rudolf Noureev, Roméo et Juliette appartient à ces fresques chorégraphiques narratives qui sollicitent, pour les rôles de premier plan, autant la maîtrise technique que les qualités expressives. Rien d’étonnant à voir des séries de distributions aligner une large part des étoiles de la compagnie – 11 sur les 15 de la maison, au fil des 18 représentations de cette série de reprise – mais aussi à servir de tremplin pour d’autres solistes. Ainsi Sae-Eun Park a-t-elle été nommé étoile à l’issue de la soirée du 10 juin où elle dansait pour la première fois Juliette.

Avec Valentine Colasante, étoile depuis 2018, dans le rôle de la fille Capulet, c’est une interprétation basée sur la souplesse et l’élégance qui nous est offerte. Le rubato dans les élans des bras ou des jambes, conjugué à une expressivité fouillée du visage, façonne une incarnation frémissante de sensibilité. Si d’autres solistes affirment plus de fermeté dans le dessin, le geste aéré de Valentine Colasante s’inscrit dans une tradition de virtuosité raffinée, et restitue admirablement la jeunesse et la fraîcheur mélancolique de l’héroïne de Shakespeare. Premier danseur du Bayerische Staatsballet à Munich d’origine cubaine, invité pour la première fois sur la scène de Bastille, Osiel Gouneo n’appartient pas à la catégorie des Roméo altiers et athlétiques. Son entrée, dans le badinage avec la Rosalinde d’Hannah O’Neill, remplaçant à la dernière minute Eve Grinsztajn, privilégie la vélocité à l’ampleur, mais, s’épanouissant au fil de la soirée, il se révèle authentiquement touchant dans l’affectivité rêveuse du pacifique Montaigu, engagé malgré lui dans le sang des rivalités claniques.

Contrastant avec l’intimité d’un couple à la fusion rendue impossible par le Destin, le Tybalt d’Audric Bezard se distingue par une carrure et une violence parfois poussée au stéréotype, mais qui ne saurait laisser indifférent. En Mercutio, Marc Moreau séduit par sa maîtrise et sa volubilité ironique, avec une admirable versatilité technique et expressive, dans la gestuelle comme dans le jeu, aux côtés duquel le Benvolio plus gymnique de Jérémy-Loup Quer, qui se développe plus tardivement dans le drame, est à la bonne école. Yannick Bittencourt résume le port noble d’un Pâris habité d’abord par les convenances. Fanny Gorse et Arthus Raveau se montrent complémentaires en couple de parents Capulet, tandis que l’on appréciera en la nourrice d’Anémone Arnaud et le Frère Laurent de Cyril Chokroun des figures de genre bien campés.

Imaginée par Ezio Frigerio, qui dessina également les costumes aux côtés de Mauro Pagano, et habillée par les lumières de Vinicio Cheli, la scénographie de panneaux ornés et dorés, avec l’alcôve de la chapelle, conserve son efficacité pour résumer la pompe des aristocraties rivales, même si certaines toiles, à l’exemple des mordorures de la place principale au deuxième acte, accusent sans doute un peu leur âge. Mais la magie de la narration, la variété des ensembles, malgré quelques séquences un rien bavardes au tout début de l’acte I, et la puissance de la musique de Prokofiev, que Noureev a si bien su illustrer et prolonger, et que Vello Pähn dirige, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, n’ont pas pris une ride. On compte sur la relève de la nouvelle génération de danseurs pour perpétuer ce qui reste l’une des plus belles chorégraphies au répertoire de la maison, que l’on ne se lasse pas de voir et revoir.

Gilles Charlassier

Roméo et Juliette, chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, Opéra national de Paris, Opéra Bastille, représentation du 28 juin 2021, du 10 juin au 10 juillet 2021

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Gilles Charlassier

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