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L’exposition « Trésors de Banlieues » à Gennevilliers : une archéologie des temps modernes ?

L’exposition « Trésors de Banlieues » à Gennevilliers : une archéologie des temps modernes ?

11 octobre 2019 | PAR Diane Royer

L’exposition « Trésors de banlieues » exhume des œuvres d’art en lien avec les banlieues. Rassemblant 260 œuvres des xixe et xxe siècles qui proviennent de 53 collectivités territoriales, cette exposition est présentée à la Halle des Grésillons à Gennevilliers jusqu’au 30 novembre 2019.

Valoriser le patrimoine culturel des banlieues 
On aurait pu s’attendre à découvrir des pièces archéologiques redécouvertes par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) dans des villes telles que Gennevilliers qui jouxte la capitale. Il n’en est rien : les fameux trésors présentés dans cette exposition proviennent principalement des collections publiques de collectivités territoriales formant la ceinture urbaine qui entoure Paris.
Organisée par l’Académie des Banlieues, en association avec la ville de Gennevilliers, cette manifestation artistique vise, ainsi, à mettre en valeur le patrimoine culturel du territoire francilien.

La sélection des œuvres présentées et le parcours thématique révèlent différents aspects du sujet abordé. Des noms oubliés de l’histoire de l’art actuelle resurgissent : Jean Lurçat, Jack Ottaviano, Roger Somville, Claude Weisbuch, … Ils se mêlent à d’autres, plus contemporains comme Jean-Michel Alberola ou encore Mohammed Bourouissa.
Entre les œuvres d’art moderne et contemporain, un dialogue se crée. Une tour blanche de Jean-Pierre Reynaud côtoie les maisons enneigées de William Clochard. L’œuvre d’Henri Cueco, Manifestation au couple d’amoureux (1969) fait écho à celle de Boris Taslitzky, Les Délégués (1948).
D’autres figures majeures de la période témoignent aussi de cette zone urbaine, tels Gustave Caillebotte et Francis Picabia, Fernand Léger et Ernest Pignon-Ernest.

Un message des villes de banlieue à l’heure du Grand Paris ? 
À travers ces regards croisés, une interrogation peut être décelée ; les banlieues françaises possèdent-elle une identité commune ? S’il est certain que le terme générique de « banlieue » recèle de nombreuses nuances et dissimule une pluralité d’identités, qu’en est-il d’une culture propre aux banlieues ?
Le parcours de l’exposition traite de sept sujets différents, de la scène de vie quotidienne du xxe siècle, empreintes des brutales mutations sociales, à l’art sacré conservés dans les lieux de culte.
La transformation du paysage conditionnée par l’attractivité des villes est également évoquée, notamment par la mise en parallèle d’un paysage rural de Mentor Blasco avec la vue d’un bidonville de Jean Amblard.
La commande publique et l’acquisition d’œuvres d’art par les mairies participent à enrichir les villes. L’œuvre monumentale de 400 mètres carrés de Mentor Blasco, La Conquête du bonheur commandée par la Courneuve, en 1965, pour décorer la salle de spectacle de la Maison de la Jeunesse et de la Culture, illustre bien le rôle des politiques publiques pour la culture.

À l’heure de l’élaboration du Grand Paris, la question identitaire des banlieues prend tout son sens. L’intégration de ces villes dans la métropole n’a-t-elle pas de conséquences ? Ne risque-t-elle pas de disparaître sur le plan administratif, géographique, sémantique et, a fortiori, culturelle ?
Cette exposition pourrait ainsi apparaître comme un signal d’alerte prévenant l’accroissement des discriminations territoriales subies par les villes périphériques à la capitale d’un pays possédant l’une des administrations les plus centralisées au monde ?

Durant l’automne, une programmation de spectacles vivant et de colloques prévue autour du sujet de l’exposition se déroulera à Gennevilliers.

Visuels :

Villageois tenant la Torah, Marc Chagall, 1927, huile sur toile © Ville de Fontenay-sous-Bois. 

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