Danse
La Ménagerie de Verre offre une soirée à Raimund Hoghe

La Ménagerie de Verre offre une soirée à Raimund Hoghe

28 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Raimund Hoghe est mort. Il est mort le 14 mai 2021. Raimud Hoghe est mort, alors que faire pour le faire revenir un peu parmi les vivants qui le pleurent ? Danser encore bien sûr, au son de la voix des divas blessées et toujours acclamées.

La Ménagerie de Verre, où Raimund Hoghe a quasiment montré toutes ses pièces depuis 2003, a donc accueilli, en collaboration avec le Festival d’automne, cet Evening with Raimund. Le titre du spectacle est en soi un hommage puisque le chorégraphe, dramaturge de Pina Bausch, titrait comme cela : an evening with… Judy (Garland) par exemple.

Ce soir à la Ménagerie il s’agissait de rendre hommage et de sécher les larmes des inconditionnels de Hoghe, présents en nombre ce 27 octobre, où la salle était comble. Mais réduire An Evening with Raimund à un simple hommage est très réducteur.

C’est un spectacle, un spectacle qui se tient et qui est appelé à vivre. C’est une émotion intense de les voir ensemble, réunis pour lui qui n’a jamais écrit que des portraits très personnels. Le spectacle se compose de fragments de pièces chorégraphiques de Raimund Hoghe (2002 à 2018), recomposés par Emmanuel Eggermont et Luca Giacomo Schulte. Sur scène, les fidèles Ornella Balestra, Marion Ballester, Astrid Bas, Ji Hye Chung, Adrien Dantou, Lorenzo De Brabandere, Emmanuel Eggermont, Kerstin Pohle, Luca Giacomo Schulte et Takashi Ueno sont évidemment en noir, et ils reculent, le dos tourné vers nous.

Ils incarnent le corps si cabossé de Hoghe, bossu, tordu qui devenait un monument dans son costume iconique fait de petits talons, d’une jupe crayon mi-longue, d’une chemise et de lunettes noires. Le corps de Raimund était en lui-même un manifeste contre la danse de courbes. Ces danseurs incarnent surtout la façon qu’avait Hoghe d’écrire ses pièces. À chaque fois, il s’agissait de poser des objets sur scène et de passer en laissant la trace de gestes simples où les bras sont des récits.

Et toujours, il y avait dans ses pièces des déclarations d’amour aux divas mortes seules. Alors eux qui ont dansé ou chanté avec et pour Raimund y retournent, refont les pas, les gestes et continuent à transmettre. Ce soir, certains amenés là par d’autres ont découvert l’écriture unique de Raimund Hoghe pour la première fois. C’est étrange de savoir cela, de découvrir sa façon de faire comme ça. Et c’est beau en même temps.

« Don’t cry » ordonne toujours Peggy Lee, et Dalida hurle toujours « Ciao amore Ciao ». Et nous on fait comme d’habitude, on chiale, on rit et on acclame ce nouveau spectacle. La seule question est, pourquoi Raimund n’est-t-il pas venu saluer ce soir ?

Visuel : ©Rosa Frank

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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