Danse

Raimund Hoghe et « An evening with Judy » terribly chic à la Ménagerie de Verre

Raimund Hoghe et « An evening with Judy » terribly chic à la Ménagerie de Verre

10 décembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Inaccoutumés continuent leur chemin de perfection. Le superbe festival où se presse toute la communauté de la performance contemporaine n’en finit pas de proposer des expériences scéniques époustouflantes. L’autoportrait, l’art de voler, l’histoire de l’art et ce soir, le chorégraphe Raimund Hoghe devient Judy Garland.

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 Le kitsch est un moteur de l’avant garde. Cela on le vérifie souvent dans les lieux les plus exigeants. Raimund Hoghe est un chorégraphe et danseur cabossé. Il a une malformation congénitale qui lui donne l’allure fragile. Il fut le dramaturge de Pina Baush et, depuis 1994 il monte sur scène pour des portraits. Lui qui a commencé sa carrière dans la presse propose depuis vingt ans de représenter des célébrités par touches. Il s’est notamment attelé à décrire Maria Callas ou Dominique Bagouet. Cette fois ci, l’obsession se range du côté du revers de l’Américan dream.

« Somewhere over the rainbow ». Il arrive en talons, petite robe noire, un poste au bras en guise de sac à main. Le tube retentit. Judy a 17 ans et elle aura 17 ans toute sa courte vie. La petite fille du Magicien d’Oz, portant tresses alors qu’elle était déjà grande est morte 30 ans plus tard d’une overdose de barbituriques. Maps to the stars dixit Cronneberg. Le rêve hollywoodien est là, dans le corps cassé de Hoghe qui avec des choses infimes : une paire de lunettes noires, un foulard qui cache ou « glamourise », sort de sa valise tout l’univers de l’enfant de MGM broyée par le système. Elle picole derrière les paillettes. Les paillettes elles sont justement incarnées par Takashi Ueno qui vient virevolter à la façon des stars des comédies américaines, dans une tap dance sans claquettes. Le rythme est ultra rapide, le visage se cale en arrière. Le danseur intervient par touches sans que jamais Hoghe ne quitte la scène.

Il est absolument troublant, sait occuper l’espace sans en avoir l’air. Il sait symboliser la chute en s’appuyant sur un mur tout en désespérance.

Le son nous étouffe jusqu’à l’écœurement dans ce spectacle où l’ennui se fait volontairement acteur. Judy est absolument là, 47 ans d’une vie extrêmement vide et pleine en même temps, le tympan vrillé par les applaudissements en rafale. Le règne de l’apparence est là, dans ses sept mariages et dans la course vaine à une autre notoriété (On entend un extrait de Judgment at Nuremberg). La performance agit parfaitement en finissant pas nous irriter. Le travail de Hoghe gratte et devient l’incarnation totale et parfaite de cette vie sous les projeteurs.

Raimund Hoghe © Lucia Giacomo Schulte

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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