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Raimund Hoghe, mort du danseur cassé

Raimund Hoghe, mort du danseur cassé

15 mai 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’immense Raimund Hoghe à l’humanité infinie est mort vendredi soir à Düsseldorf. Il avait 72 ans.

Déborder la danse

Le Tanzhaus NRW a annoncé vendredi soir qu’il était l’un des « protagonistes les plus importants de la danse contemporaine ». C’est tellement vrai. Mais il faut nuancer. Le corps de Hoghe et ses propositions dépassaient le champs de la danse, tout le temps.

L’art du portrait

Raimund Hoghe fut un chorégraphe et un danseur cabossé. Il avait une malformation congénitale qui lui donnait l’allure fragile. Il fut le dramaturge de Pina Baush et, depuis 1994, il montait sur scène pour des portraits. Lui qui a commencé sa carrière dans la presse proposait, depuis près de trente ans, de représenter des célébrités par touches. Il s’est notamment attelé à décrire Maria Callas ou Dominique Bagouet. On se souvient par exemple de lui, fragile et glamour, en Judy Garland.

Chic et glamour

Ces dernières années, volontiers à la Ménagerie de Verre ou au festival d’Avignon, il montrait ses portraits qui n’étaient plus jamais des solos. Il dansait et marchait, avec, pour… Il proposait des traversées par touches et des éclats de danse, souvent de danse théâtre, à la Pina, mais sans faire du Pina.

L’humour et le chic étaient les deux pieds d’appui de celui qui avançait le corps tordu, voûté. Et pourtant, plus droit et plus haut que tant d’autres. Dans Canzone per Ornella, ces deux axes atteignaient un climax provoquant un shoot de beauté.

Chez lui, le kitsch était depuis longtemps un moteur de l’avant garde. Songs for Takashi utilisait par exemple ce ressort efficace. Hoghe y arrivait sur la voix de Liza Minnelli chantant Every Time We Say Goodbye. Le spectacle s’étirait, dans une sensation d’infini dont on sortait, remplis de joie, et c’était comme ça, à chaque fois.

Des œillets pour l’éternité 

Hoghe était un magicien qui, de son corps débordant d’angles, occupait le plateau, qui quand il arrivait, nous interdisait totalement de regarder autre chose que cet homme blessé qui posait des œillets pour Pina au sol. Aujourd’hui Pina l’attend, un bouquet à la main.

 

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage / 36, Avenue Georges Mandel – Raimund Hoghe – Festival d’Avignon 2018.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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