Danse

Cunningham au Festival d’Automne : un triptyque aux milles saveurs

Cunningham au Festival d’Automne : un triptyque aux milles saveurs

19 novembre 2019 | PAR Jeremie Laurent

Au sein du théâtre du Châtelet, le ballet de l’opéra de Lyon a fait le déplacement à la capitale pour rendre hommage à celui que beaucoup considérait comme le « Einstein de la danse », Merce Cunningham.

Les lumières se tamisent doucement et le public, pourtant excité de découvrir ou de redécouvrir des pièces du célèbre chorégraphe, soudain se calme et se concentre. Les yeux rivés sur la scène, le rideau se lève et le splendide théâtre à l’italienne s’illumine. Summerspace, la première pièce de Merce Cunningham commence, devant des regards ébahis.

Abstraction et esthétisme des corps

Afin de célébrer le centenaire de l’artiste, le ballet de l’opéra de Lyon prend place jusqu’au 20 novembre au théâtre du Châtelet dans le cadre du festival d’Automne de Paris pour nous proposer trois pièces déroutantes, entre danse classique et danse contemporaine. Une invitation au voyage dans un monde de lumière avec l’aérien Summerspace, assombri par les nappes de pollution d’Exchange et désarticulé par le psychédélique Scénario.
Merce Cunningham propose des spectacles qui relèvent plus de l’art contemporain en général que de la danse, mêlant peinture, musique et poésie à travers une appréhension particulière de l’espace.
Summerspace surprend par son lyrisme et sa fraîcheur. Les danseurs, dans des costumes assortis au cyclorama peint par Rauschenberg, semblent se promener sur une tableau pointilliste, sautant et fuyant comme des gouttes de peinture. Les bras sont arrondis, une jambe est levée, en équilibre, comme si ces derniers cherchaient à prendre leur envol. Exchange, à l’inverse, offre quelque chose de beaucoup moins solaire pour une atmosphère brumeuse et terne. Se mouvant dans un camaïeu de gris, les 15 danseurs entre dans une interaction beaucoup plus forte que dans la première pièce. Les femmes se figent, prennent la forme de statue, avant d’être élevées par les hommes vers un horizon sans grand espoir. Scenario conclut l’étrange triptyque, sur un ensemble plus coloré, plus stylisé. Dans des costumes réalisés à l’aide du logiciel Danceforms par Rei Kawa Kubo, les matassins montrent un fois de plus, une nouvelle manière d’occuper l’espace scénique.

Prouesse technique

La force de la représentation repose sur la prouesse des danseurs de l’Opéra de Lyon. Si la danse classique a plutôt tendance à trouver son tempo sur le rythme de la musique, les pièces de Cunningham demandent, quant à elles, une rigueur supplémentaire en raison d’une musicalité abstraite et déstructurée. Sur des airs de Morton Feldman ou encore de Tudor, les danseurs évoluent, en solo ou en groupe, sur un rythme invisible, créant une harmonie pourtant belle et bien présente. Ces derniers sont jeunes mais sont animés par cette même passion de la danse, qui se lit sur chacun de leur visage.

Trois pièces rassemblées qui reflètent le talent d’un chorégraphe aujourd’hui disparu. Jusqu’au 21 décembre, le festival d’Automne continue cette commémoration dévoilant une palette encore plus large des créations de ce grand homme.

 

Visuel : Merce Cunningham / Ballet de l’Opéra de Lyon, Scenario – 2019 © Michel Cavalca

 

Infos pratiques

« Man Ray, photographe de mode », une exposition documentée au Musée Cantini de Marseille
Grand magasin — une grammaire approximative
Jeremie Laurent

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *