Performance

Grand magasin — une grammaire approximative

Grand magasin — une grammaire approximative

19 novembre 2019 | PAR Antoine Couder

Lancé dans une série de leçons de français en mode langue étrangère, le duo composé de François Hiffler et Pascale Murtin peine à convaincre sur la durée. Une programmation du festival d’Automne.

C’est un spectacle — appelons ça une performance — dont la durée estimée est de 80 minutes. À l’Université de la Sorbonne, dans le célèbre amphithéâtre Richelieu, il s’est plutôt déroulé sur une soixantaine de minutes, une partie des spectateurs s’éclipsant discrètement, sans doute pour dîner.

Langue étrangère. Il est 20 h 30 et l’introduction, la mise en bouche, disons le prologue de ce traité de la passion fait d’un échange didactique entre les deux comédiens se déploie depuis une bonne demi-heure. Tels des scientifiques en blouse blanche, ceux-ci annoncent l’existence de mots en brandissant une pancarte sur laquelle il n’est absolument rien écrit. Bien sûr, on comprend peu à peu le propos, démarrer à la façon d’un imagier pour enfants surréalistes et parvenir à mettre à jour la petite musique du langage, les mécanismes cachés de la signification que porte sans le vouloir les mots que nous avons à disposition pour décrire le monde. L’effet comique et parfois lyrique est alors au rendez-vous, notamment lorsqu’accompagnée de son ukulélé, Pascale Murtin se met à jouer avec les sonorités, réinventant littéralement un traité poétique d’une langue à la fois proche et étrangère.

Formation sans diplôme. Idem lorsque le duo se décide à faire l’appel (enfin), le public découvrant que l’on a glissé sous leur siège un petit post-it où l’on a inscrit le nom qu’ils sont censés porter (pour moi ce sera «agathe» bien que j’ai fini par retrouver un «aqueduc» à proximité… presque dans l’actualité si l’on pense que le matin même un pont s’écroulait à Mirepoix-sur-Tarn mais enfin comme dirait le duo, un pont n’est pas un aqueduc). Malheureusement, la première demi-heure est un peu trop lourde à digérer, le spectacle plombé par un manque de fluidité évident qui nous laisse comme seule porte de sortie le plaisir d’admirer la performance de la performance qui, rappelons-le consiste à l’origine à explorer un à un tous les mots de la langue française puis, à partir de la quatrième leçon de s’attaquer à une fonction grammaticale (c’était au Conservatoire de la Courneuve le 4 novembre). L’étape de la Sorbonne paraît ensuite naturelle. Les plus courageux et les néophytes pourront encore se rendre au Centre Pompidou du 28 novembre au 1er décembre pour une ultime leçon intitulée «Révisions». En espérant que la performance aura des vertus diplômantes.

 

 

Visuel : Grand Magasin, Grammaire étrangère©Grand Magasin

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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