Danse
Carte blanche à Nach : « faire danser les cordes vocales » aux Hivernales

Carte blanche à Nach : « faire danser les cordes vocales » aux Hivernales

13 février 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce 12 février, en clôture du festival de danse avignonnais, Nach, artiste associée au CDCN, a proposé une double soirée : 7 vies, son duo avec Ruth Rosenthal, et Tutuguri de Flora Détraz. Deux spectacles qui donnent de la voix à la danse.

7 vies, c’est au départ une commande du Festival d’Avignon dans le cadre des Sujets à Vif programmés main dans la main avec la SACD. Nous avions découvert notre adorée Nach, danseuse, krumpeuse, au plateau avec Ruth Rosenthal, chanteuse et performeuse militante. Comme dans le jardin de la vierge, la scène est recouverte de micros et la pièce va, en danse vorace et en mots clairs, dire que les femmes doivent se réapproprier leur histoire. « Herstory » comme dirait RuPaul. Et cet acte se fait en corps. Nach dit, et elle a raison : « Si on ne peut pas la danser, on ne la fera pas, cette révolution ! » Depuis cet été, ce spectacle a pas mal tourné, notamment en « extérieur », comme dans le forum du Centre Pompidou. C’est que 7 vies est un manifeste. Nach transmet sa danse, qui martèle et qui frappe, à Ruth qui, elle, fait parler Nach, puis cela dialogue, s’inverse. Leur duo est lumineux d’amitié. Elles délirent à jouer à 0/0/7/7, ce tube de cour d’école, pour en faire autre chose, un message de combat et de protection. 

Plus construite que cet été, la pièce est désormais autonome. L’écoute entre elles deux est totale, la sincérité déborde, et nous l’écrivons sans mièvrerie. Les mots de Ruth entrent dans le corps de Nach et le corps de Nach dans les mots de Ruth. Une leçon de sororité et de partage.

Après une courte pause, Flora Détraz arrive, les cheveux comme électrocutés, tenus en pointe au-dessus de sa tête. Elle s’assied sur un tabouret haut et, sans bouger son corps ou presque, un croisement de jambe tout au plus, elle commence à vocaliser. Tout le travail de cette performeuse, qui a notamment dansé pour Marlene Monteiro Freitas, est de faire de la voix une partie du corps. Lors du bord de scène qui a succédé, Flora Détraz dira qu’elle fait « danser ses cordes vocales ». Qu’elle écoute ce qui sort de sa bouche et qu’elle le reçoit. La démarche est ancestrale, nous sommes sur des cris aux accents primaires, mais dans sa forme, dans l’attitude de Flora, qui assume un côté clown, tout est super contemporain.

Sa voix l’amène à devenir un bébé qui a faim, une voiture qui file à toute berzingue, une guerrière… Le mouvement tient à peu, il permet de s’installer sans une posture, les bras derrière le buste pour ne laisser qu’apparaître les mains, doigts très ouverts par exemple.

Le programme est donc très cohérent. Et depuis la veille, nous commençons à comprendre que la parole dansée est une tendance forte. Il n’est pas nouveau que les danseurs et les danseuses parlent, cela remonte au moins à Béjart. Non, ce qui est nouveau, c’est que la voix prend la place de la musique et qu’elle vient questionner le mouvement.

À la fin du XXe siècle, la question était de désolidariser le rythme et le tempo, il semble qu’en ce début de XXIe siècle, être sa propre bande-son pour pouvoir être dans une autonomie totale est le nouveau credo. Comme Boris Charmatz, comme Maxence Rey, comme Ruth Rosenthal et Nach, Flora Détraz tient son spectacle au bout de ses cordes vocales.

Visuel : © Marc Domage

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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