Danse

« Carmen(s) », Broadway à la touche flamenco de José Montalvo aux Hivernales

« Carmen(s) », Broadway à la touche flamenco de José Montalvo aux Hivernales

10 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La dernière création du directeur de la MAC de Créteil signe non pas une mais des Carmen(s) totalement explosives qui ont tout simplement retourné la salle de l’Opéra d’Avignon lors de la 41e édition des Hivernales. Un vrai plaisir coupable !

Carmen.. encore !  Vraiment ? Avouons-le, nous étions perplexes à l’idée de nous  jeter dans l’arène. Mais voici que José Montalvo s’en est mêlé et que 1H15 plus tard nous hurlions tous  : « Taureau ! Taureau ! Taureau ! Viens ici ! Viens ici ! Viens ici ! » Non seulement nous n’avions plus peur de l’arène mais nous ne voulions plus quitter ce spectacle.

Broadway sous-titré en espagnol c’est vraiment ce qu’il se passe. Karim Ahansal dit Pépito, Rachid Aziki dit ZK Flash, Éléonore Dugué, Serge Dupont Tsakap, Samuel Florimond dit Magnum, Elizabeth Gahl, Rocío Garcia, Florent Gosserez dit Acrow, Rosa Herrador, Anne-Elizabeth Dubois, Ji-eun Park, Kee-ryang Park, Maria Cerezo, Beatriz Santiago, Saeid Shanbehzadeh, et Denis Sithadé Ros dit Sitha se jettent sur scène. Elles en rouge couleur passion et eux habillés ville. Ils sont breakers, hip-hopeurs… disons acrobates ce sera plus juste. Ces gars-là volent. 

Le fil de la pièce est double : d’abord raconter Carmen et sur la musique de Bizet ! Et tous les moyens sont bons : la danse, le chant, la parole, le doublage de film… tout. Ensuite, montrer comment Carmen est l’archétype de la femme moderne qui préfère mourir que de subir l’amour d’un homme qu’elle n’aime plus. Et comme cette histoire est légèrement too-much, Montalvo sort tous les stéréotypes et s’éclate avec. Alors, on fond comme des gosses et on jubile : oui pour les castagnettes, oui pour les combats de machos, oui pour « l’Amour est enfant de bohème » chanté dans toutes les langues que les artistes parlent. 

Techniquement, puisque rappelez-vous nous sommes à Broadway  c’est impeccable. Les filles peuvent tout faire : danser flamenco ou contemporain et les mecs deviennent comédiens entre deux équilibres. Il y a une volonté sincèrement populaire ici. Tout le monde connait le thème principal de Carmen. Montalvo appuie sur la corde émotionnelle et convoque dans sa pièce toutes les figures féminines : ses danseuses,J leurs mères, leurs amies… et toutes celles qui construisent les mythologies de chacun.

Rien ne ment ici. Le spectacle est généreux , bienveillant. Pas de révolution chorégraphique, Robbins avait posé le genre en 1944 avec Fancy Free. Carmen(s) est un temps suspendu, un entracte dans une vie qui vous rend heureux.

 

Les Hivernales se poursuivent jusqu’au 16 février. Si vous passez par la région, allez-voir Rule of Three de Jan Martens lundi,  Furia de Lia Rodrigues vendredi, Hope Hunt de Oona Doherty samedi… 

 

 

Visuel : ©Patrick Berger

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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