Danse

Hommage à Jérôme Robbins au Palais Garnier, portrait d’un visionnaire

Hommage à Jérôme Robbins au Palais Garnier, portrait d’un visionnaire

09 novembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Mais quelle belle idée ! L’Opéra de Paris a décidé de faire entrer au répertoire une pièce très rétro, Fancy Free (1944) du maître américain. L’occasion parfaite de lui tirer le portrait, dans une merveilleuse dissonance chronologique. 

Fancy Free (1944), A suite of dances (1994), Afternoon of a faun (1953) et Glass Pieces (1983), dans cet ordre-là.  La sélection est brillante et étonnante car l’on saisit ici les filiations qu’entretenait Jérôme Robbins (1918-1998) à son propre travail. Chaque pièce invite un compositeur de génie. Berstein, Bach, Debussy et Glass. Dans cet ordre-là.

Du diner sorti de chez Hopper de Fancy Free où des marins (Stéphane Bullion, Karl Paquette et François Alu) draguent des filles faussement farouches, (Eleonora Abbagnato, Alice Renavand, Aurélia Bellet) à l’agora de Glass Pieces, l’esprit de West side Story dont il fut le chorégraphe en 1957. plane toujours. La grammaire souple et continue de Robins va comme un gant aux danseurs de Garnier qui s’offrent ici des portés extraordinaires (Glass Pieces), des courbes graphiques (Afternoon of a Faun), de la beauté à rythme effréné (A suite of Dances)  et une occasion de théâtralité (Fancy Free).

Ce qui est frappant ici, c’est l’avant-garde. Pour A suite of dance, il travaille l’insertion des notes du violoncelle dans le corps totalement à sa merci de Paul Marque. Il travaille les couleurs dans des oppositions tranchées, ici le corps est rouge et un grand panneau bleu offre un choc très 2000, mais nous sommes en 1994.  Le chef d’oeuvre de la soirée est tout aussi bluffant du point de vu rétinien. Glass Pièces ( 1983) est un monument. Écrite deux ans après la mort de Balanchine auquel Robbins succède à la tête du New York City Ballet, elle est une leçon de lignes. Ici le motif est simple mais son réglage millimétré le rend infernal. Une marche où les dizaines de danseurs se croisent et deux par deux, des couples dans les combinaisons de Ben Benson s’offrent des envolés en pas de deux.

Les étoiles et les premiers danseurs brillent ici dans les couleurs et les formes si prescriptrices de Robbins. Un hommage parfait qui entre dans le centenaire de la naissance de ce grand visionnaire.

Palais Garnier – du 27 octobre au 14 novembre 2018

Visuel : ©Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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