Classique

Les Couperin sous les doigts de François Roussel

Les Couperin sous les doigts de François Roussel

09 novembre 2018 | PAR Antoine Couder

Le claveciniste et fondateur de l’ensemble les Talens Lyriques visite avec tact l’œuvre des deux compositeurs français d’ans l’amphithéâtre de la Cité de la musique.

Musique de cour. À plusieurs reprises, il sort un un petit outil de sa poche, pour régler le clavecin Ionnes Couchet de la collection du Musée de la musique (Anvers 1652, ravalé en France en 1701, classé trésor national). La soirée va ainsi consister à s’éloigner puis revenir sur cet accord de si bémol qui fait la différence entre l’oncle Louis et le neveu François, le premier ayant la part belle durant cette soirée qui réunissait la crème des aficionados dix-septiémiste.

Chaconnes et gigues. On s’installe donc dans ce bercement, ce balancement dont l’instrument semble sans cesse vouloir arrondir les angles, un jeu d’abord allemand estimé par les personnes savantes à cause qu’il est plein d’accords et enrichi de belles dissonances, de dessein, et d’imitations (Lettres touchant la musique, Le Gallois, 1680). De ce déploiement langoureux et retenu qui fait l’art de la musique de cour percent des grappes d’accords qui font remonter à la surface quelques danses paysannes — passacailles, chaconnes et gigues — dont la légèreté ne peut que ravir ces mêmes personnes savantes. Jamais le style ne reste stable et il n’est pas rare que le propos se resserre, plus vivace avec ces tours de force qu’autorisent l’instrument, vers un caractère plus impétueux, moins indéterminé. Des allées retours dont les plus romantiques tireront  cent ans plus tard les fruits pour exprimer l’infinie variation des humeurs et des sentiments. O très doux sommeil ! S’il te plaît ainsi, n’hésite à clore au milieu de l’hymne que je te chante, mes yeux consentants (Au sommeil, Keats, 1819).

Ombres errantes. François Couperin arrive tardivement, dans une sorte de seconde partie, il sera un peu plus présent lors des trois bis que Roussel offre à un public insatiable. Et le ton change, en effet sur l’ampleur mélodique, la reprise des motifs qui donnent des repères stables à l’auditeur. L’influence italienne est déchiffrable dans ces marches harmoniques, la prégnance de motifs qui passe d’un registre à l’autre  (Catherine Massip). Des mélodies emportées par une nouvelle rythmique dont on comprend qu’elles vont finir par ouvrir radicalement le champ tonal. Témoins ces délicates «Ombres errantes» en fin de concert dont on imagine bien ce qu’un Keith Jarret pourra en faire bien plus tard, au XXème siècle.

Visuel : Christophe Rousset © Ignacio Barrios

Hommage à Jérôme Robbins au Palais Garnier, portrait d’un visionnaire
5 X 2 places pour le festival Entrevues de Belfort
Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *