Danse

Hommage à Roland Petit sous le signe de trois femmes fatales

01 juillet 2021 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Paris rend hommage à Roland Petit, avec trois pièces placées sous le signe de la femme fatale, inaugurant une nouvelle page de la danse française au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

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Pour son programme Hommage à Roland Petit gravitant autour de trois figures de femmes fatales, l’Opéra national de Paris a choisi d’introduire la soirée par un  entretien avec Zizi Jeanmaire réalisé par Anne-Solen Douget. L’épouse de Roland Petit, et créatrice de Carmen, décédée il y a tout juste un an, y résume la personnalité et la carrière d’un des chorégraphes majeurs du vingtième, régulièrement à l’affiche de la première compagnie de ballet de France. En toile de fond, un kaléidoscope d’instantanés permet aux aficionados de reconnaître quelques unes des étoiles les plus marquantes, d’hier et d’aujourd’hui.

Créé en 1945 et entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 1992, Le rendez-vous est le fruit de la rencontre des plus grands noms des arts de l’après-guerre. Jacques Prévert signe l’argument de cette ballade nocturne avec la mort, Pablo Picasso le rideau de scène, Brassaï les décors photographiques du Paris populaire, Mayo – collaborateur de Marcel Carné, René Clair ou Alain Resnais – les costumes, et Joseph Kosma la musique, avec son thème de goualante en onomatopées confiée à Vladimir Kapshuk, ancien pensionnaire de l’Académie de l’Opéra national de Paris, accompagné par les soupirs de l’accordéon d’Anthony Millet. Dans cette atmosphère entre légende et naturalisme tout à fait dans le ton d’un réalisme poétique aux accents de parabole, un jeune homme, campé par Florent Mélac, qui résume la vitalité naïve, quasi inconsciente, du personnage, prétexte un rendez-vous avec la plus belle fille du monde – Roxane Stojanov, d’une belle tension dramatique – pour échapper au traquenard du Destin – Aurélien Houette affirmant une noirceau stéréotypée. Hugo Vigliotti donne au Bossu une fraîcheur presque attachante.

Plus narratif que virtuose, ce Rendez-vous peut être vu comme un prototype un peu suranné du Jeune homme et la Mort, créé l’année suivante et certainement la pièce la plus célèbre de Roland Petit –  entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra en 1990, au cours de la même soirée que Carmen. C’est un autre écrivain qui imagina le livret, Jean Cocteau, toujours dans cette veine poétique où le symbole et les archétypes jouent un rôle essentiel. Dans le décor d’atelier mansardé et de toits parisiens imaginé par Georges Wakhévitch, et les costumes réalisés par Barbara Karinska, les amateurs se souviendront par exemple de Nicolas Le Riche, l’un des grands interprètes du jeune peintre désespéré, dont il faisait rayonner la fébrilité. Plus doux et introverti, Stéphane Bullion restitue, avec son geste tout en souplesse, la tendresse émouvante de cet artiste soumis à une jeune fille qui n’est autre que le visage de la Mort. Si Eleonora Abbagnato, qui a fait, le 11 juin dernier, ses adieux longuement différés à cause de la pandémie, a conféré une fascination vénéneuse à cette femme fatale aussi brune que la plus belle fille du monde du Rendez-vous ou que Carmen, Alice Renavand ne manque pas d’ascendant, mais semble un peu moins irradiante que dans d’autres incarnations où on avait pu l’applaudir. Sur l’orchestration d’Alexandre Goedicke, la Passacaille BWV 582 de Bach accompagne ce magnifique crescendo mimodramatique à la puissance intemporelle, où l’usage des chaises signe l’une des originalités de la dynamique chorégraphique de Roland Petit.

Créé en 1949, Carmen condense la nouvelle de Mérimée et la musique de Bizet, dans une scénographie d’Antoni Clavé parfois aux allures de tableau d’Ensor, dans la peinture de la foule des arènes. Dans le rôle-titre, Hannah O’Neill impose une vigueur orgueilleuse face au Don José un peu trop noble de Florian Magnenet, d’une jalousie sans violence véritable. Mathieu Contat incarne un Escamillo matamore, tandis que l’on se réjouit des évolutions facétieuses du couple de chefs de brigands Letizia Galloni et Antonio Conforti, non moins athlétiques qu’Alexandre Gasse en second chef. Ensembles et direction musicale de Pierre Dumoussaud, à la tête de l’Orchestre Pasdeloup, contribuent à la défense d’un monument toujours vivant du patrimoine de la danse française.

Gilles Charlassier

Hommage à Roland Petit, chorégraphies : Roland Petit, Opéra national de Paris, Palais Garnier, représentation du 29 juin 2021, du 30 mai au 7 juillet 2021

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