Comédie musicale

Fashion Freak Show : la revue pailletée de Jean-Paul Gaultier aux Folies Bergère ne brille pas

Fashion Freak Show : la revue pailletée de Jean-Paul Gaultier aux Folies Bergère ne brille pas

01 octobre 2018 | PAR Yaël Hirsch

A partir du 2 octobre, Jean-Paul Gaultier réalise un rêve de gosse et fait venir tous les potes, en vrai comme en photos et hologrammes, pour une revue foutraque sur sa vie aux Folies Bergère. Si la bonne humeur et la générosité sont là, l’artistique déçoit.

[rating =2]

Le génial couturier nous avait enchanté avec l’exposition foisonnante sur son art qu’il avait génialement scénarisée au Grand Palais. Aidé de Toni Marshall et sous l’œil de biche de la mère de cette dernière, Micheline Presle, il réalise son rêve d’enfant en mettant en scène sa vie aux Folies Bergère. On suit donc le fil rouge de sa folle et créative trajectoire : l’enfant qui habille son nounours d’un soutien-gorge futuriste, l’impact du film Falbala, le jeune phénomène qui bouleverse les codes de la mode des années 1980, les années Palace, Londres et ses back-rooms, ainsi que la consécration des années 1990.

Le casting de cette revue est exceptionnel : on sait qui fait les costumes ! La BO est aux petits oignons : Madonna y côtoie Étienne Daho et elle est supervisée par Nile Rodgers. A la lumière, on trouve le grand Éric Soyer, compagnon de route normalement très pointu de Joël Pommerat. Les vidéos de Renaud Rubiano nous plongent tour à tour dans l’enfance magique, dans un aparté de Catherine et Liliane, dans les photos de Pierre et Gilles ou dans un look-book des principaux défilés. Et aux chorégraphies de cette revue très fashion c’est la talentueuse Marion Mottin que l’on retrouve (lire notre critique enthousiaste de Massacre). Quand ils ne peuvent être là en vrai, les amis de JPG sont là en hologrammes, c’est notamment le cas du complice de Eurotrash, Antoine de Caunes en Queen mutine ou de Catherine Ringer qui chante par deux fois dont un sublime « I’ve got you under my skin ».

Les costumes étouffent leurs formes par leurs matières

Et bien… malgré ce menu dément au programme duquel on retrouve l’idée très plaisante et très fashion freak que « Tout le monde il est beau » une fois sublimé par Gaultier et malgré la jubilation que l’on sent, la qualité artistique n’est pas au rendez-vous. C’est incompréhensible mais – à part quand ils reproduisent les scènes de défilé – les costumes brillent vilainement et étouffent leurs formes par leurs matières, la qualité du son tue la musique, les numéros de revue se suivent sans nous entraîner, les chorégraphies semblent chaotiques, pas travaillées, sur des gestes un peu désuets qui font penser à un séance d’entraînement en plateau télé et même le moment plus grave et émotionnel de la mort de l’amour de toujours de JPG dans les années sida tombe à plat.

Alors qu’on s’attendait à voir le génie protéiforme du couturier nous illuminer encore une fois, quand on aime la danse, la musique et le cabaret, tout comme lui, on ne peut qu’être déçu.  Et l’on se dit que ce résultat ne peut pas être entièrement voulu, même par goût du kitsch, par envie d’être proche du grand public et de festoyer avec lui. On sort du spectacle un peu triste mais aussi des images des créations de Gaultier plein la tête. On garde en nous son génie généreux en mémoire, comme un baume au cœur en guise de consolation.

Visuels : © TS3, Photo : Bob

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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