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[INTERVIEW] Cécile Mulot et Hervé Vallée, co-directeurs du Cirque électrique à Paris

[INTERVIEW] Cécile Mulot et Hervé Vallée, co-directeurs du Cirque électrique à Paris

02 juin 2015 | PAR Flora Vandenesch

Le Cirque électrique fête ses 20 ans en juillet. Né fanfare décadente aux Arènes de Nanterre en 1995, ce lieu culturel mobile et itinérant est à la fois une identité et un mode de vie. Fidèle à son inspiration, il s’est implanté avec ses chapiteaux et ses caravanes rouges argentées à Paris porte des Lilas, faisant jaillir du périmètre de béton gris autant de temps d’expérimentation que de rencontres. Ses directeurs Cécile Mulot et Hervé Vallée sont heureux de nous accueillir, quelques minutes avant le début de la première soirée dédiée au festival La Voix est Libre.

Le Cirque électrique fête ses vingt ans en juillet, y a t il une évolution marquante depuis les débuts du projet en 1995 ?

Hervé Vallée : L’idée de fond est restée la même, c’est la forme qui a changé. On a réussi à affirmer notre idée, en partie grâce au soutien de la ville de Paris. Maintenant qu’on a 40 ans passés, on nous fait confiance. C’est d’ailleurs un problème en France, la jeunesse n’est pas assez soutenue. Le cirque vit toujours dans une situation précaire. On joue en extérieur, et pour cela, on pu a acheter un nouveau chapiteau.

Cécile Mulot : L’évolution est structurelle. Ce qui se passait sous un petit chapiteau il y a 25 ans, se passe aujourd’hui sous un grand chapiteau avec plus de moyens techniques pour nos créations et les compagnies invitées à jouer ici. On peut mettre notre savoir faire au service des compagnies émergentes. On souhaite avant tout transmettre et partager notre culture urbaine.

Le Cirque électrique développe un univers hybride, entre le mythe d’une tradition de cirque et la réalité d’une culture urbaine radicale et moderne. Pourquoi avez-vous fait ce choix des multiples et ne pas avoir privilégié le cirque ?

H.V : On fait partie d’un univers urbain qui brasse beaucoup d’éléments divers, à l’image de la société aujourd’hui. J’aime aller voir des pièces de Rodrigo Garcia ou Castellucci qui imaginent des univers hybrides. C’est tout ce que j’aime dans le spectacle. Le cirque représente le lieu, la toile, il peut englober un univers large. Sous le chapiteau, on fait ce qu’on veut. On a choisi ce nom, le Cirque électrique en pensant à une salle salle punk rock, en 1977 à Manchester. C’est un cirque qui s’inspire du rock’n roll, dans un sens très large. Cela représente la liberté, la découverte, le danger. Cela véhicule l’histoire d’une contre-culture, amenée après-guerre dans les années 60, la liberté quotidienne et politique de gens qui ont voulu changer les choses,

C.M. : Moi je suis tombée dans le cirque par amour. Je suis dj à l’origine. On habite au cirque, c’est un lieu de vie et c’est aussi un fantasme. Je me demandais : « mais comment vivent les gens? » La vie au cirque ne s’arrête pas à la fin d’une représentation, il y a aussi ce qu’il a autour. Ce n’est pas comme au théâtre. Personne n’habite dans un théâtre. Ce qui est dommage c’est qu’on fait du spectacle de cirque une particularité alors qu’on devrait le vulgariser. Il n’y a jamais eu de star, le clown est aussi important que la trapéziste. C’est ce qui créé toute cette poésie.

Depuis 2011, le cirque électrique est situé Porte des Lilas et installé sur la dalle des cirques. Comment vous sentez vous dans ce nouvel espace? Avez vous le sentiment d’être partie intégrante du quartier ?

C.M. : On est en convention avec la ville de Paris depuis 2011. La convention qui prend fin en 2015 est reconduite pour 4 ans. Il y a une belle pérennité. Ce projet d’espace cirque à la porte des Lilas va continuer à exister. Nous avons une école de cirque ici, qui accueille un bon nombre d’élèves, 700 inscrits à l’année.

H.V. : Il y a trois chapiteaux en tout. C’est un cirque de quartier, avec des parents d’élèves qui viennent chaque semaine. Le cirque est le pont entre la culture populaire et le théâtre. C’est très large, c’est populaire, ça circule. Il a des gens du quartier qui viennent découvrir des spectacles toutes les semaines.

Que signifie diriger un projet comme le Cirque électrique aujourd’hui ? Quels sont les enjeux, les bonheurs et les difficultés que vous rencontrez ?

C.M : On génère 30000 personnes à l’année avec une enveloppe de 150000 euros de fonctionnement. On est 14 salariés dans ce lieu avec 30 créations à l’année. On est à 80% automne, en auto-financement sur ce projet. On ne peut pas vivre sans les institutions, on ne peut pas vivre sans la ville de Paris, en étant implantés ici. Mais le cirque sous chapiteau est la dernière roue du carrossef en terme de subventions. A partir du moment où on n’a pas de terrain, on n’existe pas. Nous sommes les seuls à représenter le cirque contemporain sur la place parisienne, (en tant que cirque avec chapiteau). Sous ce chapiteau, on peut tout faire. On a une grande liberté, on a eu le bonheur d’inviter 34 compagnies cette année. Les gens sentent que ce lieu est vivant.

H.V. : Pour moi, on est responsable d’un lieu. La direction, je l’entends comme une direction à prendre ensemble, on va vers quelque chose, on tend vers cette direction. Et, bien sûr, on prend en charge nos responsabilités. Toutes les semaines, on fait des réunions avec l’équipe. On dirige nos créations de manière collective, on affine les choix avec les artistes qui viennent, on prend le temps de créer.

Comment s’est décidée la collaboration avec le festival la Voix est libre que vous accueillez pour cette édition ?

H.V. : Je connais Blaise Merlin depuis assez longtemps. Il vient souvent voir des spectacles, sa fille est inscrite au cirque. Et il s’avère qu’il a eu malheureusement des coupures de subventions cette année. La programmation est entièrement du ressort de Blaise Merlin. Cela arrive souvent qu’on laisse libre cours aux artistes qu’on accueille. C’est la première année que nous programmons La Voix est libre. Nous avons aujourd’hui un chapiteau en bon ordre de marche pour accueillir les artistes. Il y a 3 dates en tout et 10 jours de résidence. Ce soir, c’est une première. Et c’est complet.

C.M. : On connait pas mal d’artistes qui travaillent avec Blaise, c’est notre réseau, le milieu jazz expérimental. Il y a une suite logique à ce qu’un jour La Voix est libre soit au Cirque électrique.

Pouvez-vous me parler de la programmation à venir au cirque électrique ? Quels sont vos coups de coeur?

H.V. : Il y a BP Zoom en juin, ce sont deux clowns. Je les avais vu il y a longtemps au Cabaret Sauvage, j’aime leur univers. Ensuite en juillet, nous accueillons un spectacle de danse burlesque féminine avec la compagnie Ginko, c’est une jeune compagnie qu’on a envie de défendre. Et on va fêter nos 20 ans au festival à Chalon dans la rue. On jouera notre spectacle Steam. Il y avait 3 personnes au début du projet, ils sont maintenant 7 sur le plateau.

Le Cirque Electrique, Place du Maquis du Vercors, 75020 Paris
Réservations au 09 54 54 47 24.
Du jeudi au samedi, spectacle à 21h, ouverture des portes à 19h avec possibilité de diner sur place. Spectacle à partir de 17 ans.

Visuels : @Hervé Photograff

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